L’autorité de l’État doit demeurer un symbole de confiance, de neutralité et de responsabilité. L’affaire dite « Rita Djédjé », qui suscite de nombreuses réactions et interrogations sur les réseaux sociaux, invite à une réflexion importante sur les rapports entre les autorités administratives et les opérateurs économiques privés.
Au-delà des accusations formulées, dont la réalité et les éventuelles responsabilités restent à établir par les autorités compétentes, certaines vidéos diffusées sur les réseaux sociaux méritent une attention particulière.
Ces séquences, sous réserve de leur authenticité et de leur contexte exact, sembleraient montrer des représentants de l’administration territoriale, notamment des préfets et sous-préfets, participant à des cérémonies liées aux activités de l’entreprise citée dans cette affaire.
Une telle situation soulève des interrogations légitimes.
À quel titre ces autorités auraient-elles participé à ces manifestations ? S’agissait-il de représentations officielles ou d’invitations privées ? Quelles informations étaient disponibles sur la nature des activités présentées ?
Précisons-le sans ambiguïté. La participation d’une autorité administrative à une cérémonie ne constitue, en elle-même, ni une faute ni un indice de complicité dans une éventuelle infraction. Il serait donc injustifié de tirer des conclusions sur la seule base d’images dont toutes les circonstances ne sont pas connues.
Toutefois, la fonction administrative comporte une responsabilité particulière. La présence d’un représentant de l’État peut être perçue par certains citoyens comme un signe de reconnaissance institutionnelle, alors même qu’elle ne vaut ni autorisation, ni agrément, ni garantie commerciale.
C’est précisément cette possible confusion qu’il convient de prévenir. L’État ne doit pas, même involontairement, voir son image utilisée comme un argument de crédibilité au profit d’activités privées.
Dans cet esprit, l’ONG Chaîne d’Espoir estime souhaitable que des clarifications soient apportées sur les circonstances des participations évoquées, si celles-ci sont confirmées.
Nous invitons respectueusement le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité à examiner cette question et, si nécessaire, à rappeler les principes de prudence, de neutralité et de discernement devant guider la participation des autorités administratives aux manifestations promotionnelles privées.
Nous appelons également à une réflexion sur le renforcement des mesures de vigilance, particulièrement dans les secteurs sensibles tels que l’immobilier, l’épargne et les investissements.
Cette démarche ne vise nullement à mettre en cause l’ensemble du corps préfectoral, dont de nombreux membres accomplissent leurs missions avec dévouement et professionnalisme. Elle participe plutôt d’une volonté de préserver la crédibilité de nos institutions et de renforcer la protection des citoyens.
Car, derrière les différends immobiliers et les accusations de préjudices financiers se trouvent parfois des familles inquiètes, des économies engagées et des projets de vie menacés.
Aux populations, nous rappelons une règle essentielle. La présence d’une autorité publique à une cérémonie ne remplace jamais les vérifications légales nécessaires avant un investissement.
Avant toute opération immobilière, il convient de s’assurer de l’authenticité des documents, de la situation juridique du bien et des garanties offertes, avec l’assistance, au besoin, d’un notaire ou d’un professionnel habilité.
Aux autorités administratives, nous adressons un appel à la vigilance. Leur fonction représente une institution dont l’image doit être préservée de toute instrumentalisation commerciale.
La République a besoin d’institutions respectées, d’autorités responsables et de citoyens informés et protégés. La confiance publique est un bien précieux. Sa préservation exige de chacun prudence, transparence et responsabilité.
Edmond CLÉGBAZA
Président de l’ONG Chaîne d’Espoir




