Justice : le rempart contre l’impunité et non une arme politique

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À l’émission NCI 360, Dedi Stéphane a estimé qu’il fallait éviter d’utiliser la justice comme une arme politique, car cela crée du ressentiment chez certaines personnes, et qu’il fallait aussi éviter que cela se retourne contre nous lorsque nous ne serons plus au pouvoir. Cette prise de position, à première vue prudente, mérite pourtant d’être discutée, car elle confond deux réalités bien distinctes : la justice et la vengeance.

En effet, le vrai problème en Côte d’Ivoire n’a jamais été un excès de justice, mais bien un excès d’impunité. Lorsqu’un crime reste impuni, lorsqu’un détournement de fonds publics reste sans suite, ou lorsqu’une violence électorale ne fait l’objet d’aucune sanction, c’est alors que naît le ressentiment. La victime, dans ce cas, se sent abandonnée par l’État et finit par croire que la loi ne protège que les puissants. Or, c’est précisément ce sentiment d’injustice qui pousse certains à se faire justice eux-mêmes, à descendre dans la rue ou, pire encore, à recourir aux armes.

C’est pourquoi il faut avoir recours à la justice pour apaiser, et non aux armes ou à la violence. Un pays qui règle ses différends devant les tribunaux fait le choix de la civilisation, tandis qu’un pays qui évite la justice par calcul politique ouvre la voie à la loi de la jungle, où chacun, demain, sera tenté de régler ses comptes à sa manière.

Par ailleurs, une justice indépendante et impartiale ne se retourne contre personne. Au contraire, elle protège tout le monde, y compris ceux qui sont aujourd’hui au pouvoir et qui seront demain dans l’opposition.

En outre, craindre la justice lorsque l’on ne sera plus au pouvoir revient à avouer, implicitement, que l’on redoute ses propres actes. Car si l’on gouverne dans le respect de la loi, pourquoi redouter un juge indépendant ?

Celui qui n’a rien à se reprocher n’a pas à craindre la justice de demain. En revanche, celui qui la redoute semble vouloir une impunité pour aujourd’hui, en espérant une impunité pour demain. Il ne s’agit alors plus de réconciliation, mais d’un pacte d’impunité entre acteurs politiques.

En définitive, on ne construit pas une paix durable en mettant la justice entre parenthèses. On la construit en la rendant forte, indépendante et égale pour tous. Sans justice, il n’y a pas de paix durable, alors qu’une justice pour tous demeure la meilleure garantie d’apaisement pour tous.

Apahou Koffi Jérôme
Cadre de Bondoukou

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