La ficelle est un peu grosse. Révoqué de son poste de secrétaire départemental Rhdp de Bondoukou-Laoudi-Ba, Siaka Ouattara tente de se draper dans le costume de victime d’un système. Devant quelques militants triés sur le volet, dimanche, l’ancien secrétaire d’État a livré sa version. Une version qui, confrontée aux faits, ne résiste pas à l’examen.
Premier mensonge : la coordination régionale comme bouc émissaire. M. Ouattara affirme que sa révocation serait le fait d’une coordination régionale du Gontougo qui « foule aux pieds les ordres du président ». C’est oublier une réalité organique élémentaire du Rhdp. La nomination et la révocation d’un secrétaire départemental ne relèvent pas d’une coordination régionale.
Elles relèvent d’une décision de la direction exécutive du parti, sur proposition du secrétariat exécutif, le ministre-gouverneur Cissé Bacongo. Kouman Ouattara Abou, qui le remplace, n’a pas été imposé par Bondoukou, il a été entériné à Abidjan, rue Lepic. Vouloir faire porter le chapeau à la coordination régionale est une diversion habile pour éviter de regarder vers le haut, là où la décision a réellement été prise.
Et pourquoi la direction a-t-elle tranché ? Non pas pour une question d’affinités, comme il le prétend, mais pour indiscipline notoire.Lors des dernières législatives, la consigne était claire et venait bien du président du parti : discipline, unité, candidats d’office pour les sortants.
Or, sur le terrain de Bondoukou-Laoudi-Ba, le secrétaire départemental de l’époque a brillé par son absence de mobilisation pour le mot d’ordre et, selon plusieurs cadres du parti joints à Abidjan, par un double jeu qui a fragilisé les candidats officiels. On ne peut pas pleurer le non-respect des consignes quand on a été le premier à s’en affranchir.
Deuxième contradiction : le développement, ce grand alibi.
M. Ouattara découvre soudain que le Gontougo est enclavé, que ses routes sont dégradées. L’émotion est tardive. Que n’a-t-il porté ce plaidoyer lorsqu’il était aux affaires ? Secrétaire d’État chargé du service civique, avec rang de membre du gouvernement, il avait un accès direct aux arbitrages budgétaires et au premier ministre.
Quel tronçon routier a-t-il défendu ? Quel projet structurant pour Bondoukou a-t-il fait inscrire au Pnd ? Quel investissement pour la jeunesse du Gontougo a-t-il arraché de son ministère ? La réponse est dans le silence de son propre bilan. On ne peut avoir été aux premières loges de l’État et, une fois démis de ses fonctions partisanes, se muer en porte-parole des oubliés.
Enfin, le Mfa : la leçon de loyauté de celui qui en manque.Sa sortie sur le Mfa – « on ne peut pas être Rhdp les jours pairs et Mfa les jours impairs » – prête à sourire.
C’est précisément ce reproche d’entre-deux, de loyauté à géométrie variable, que la haute direction lui fait depuis 2023.Pour tout dire, Siaka Ouattara n’a pas été victime de la coordination régionale du Gontougo. Il a été sanctionné par la direction de son parti pour son indiscipline électorale. Et son soudain discours sur le développement peine à masquer le vide de son propre passage au gouvernement.
On l’aura compris, le seul enclavement que Siaka Ouattara n’a jamais combattu, c’est le sien.
Apahou Koffi Jérôme cadre de Bondoukou




