Chronique / Ce que j’en pense : Littérature vs sciences

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Si une part pas peu importante de la démagogie politique nous rebat les oreilles avec sa thèse de l’avenir qui appartiendrait à la jeunesse, des voix, et pas des moindres, quant à elles, s’élèvent souvent pour soutenir que ce même avenir est à la science. Et voilà l’avenir devenu propriété, peut-être même exclusive, des jeunes et de la science. Extrapolons ou, plus exactement, caricaturons : alors, quand vous êtes jeune et scientifique, vous n’êtes pas seulement propriétaire de l’avenir, c’est l’univers entier qui vous appartient.

Pour dire la même chose de différentes manières et donner plus d’amplitude à cette moquerie : vous êtes le roi qui règne de façon absolue, donc sans partage, sur le monde entier. Devant qui le monde entier s’agenouille. Courbe l’échine et fléchit le genou. Votre jeunesse et la science vous font Dieu.

Mais quitte à le répéter et nous le répétons : le futur du monde n’est pas lié à un état biologique. Quant à la science : à elle seule, elle ne peut pas résoudre et n’a jamais résolu tous les problèmes de la planète, encore moins répondre à tous les grands questionnements de l’humanité.

Et plus inquiétant : à faire de la jeunesse et de la science le maître absolu du monde, on exclut tout le reste dont l’apport n’est ni moins déterminant ni moins décisif dans la construction d’un avenir commun au monde entier. Ce bannissement vise surtout la littérature sur laquelle une formule à l’emporte-pièce de Félix Houphouët-Boigny, formule pourtant restée célèbre, jette le voile d’un lourd mépris : « le verbiage creux ».

Qui nie la part importante prise par les hommes de lettres dans la construction du monde, jette aux oubliettes les grands écrivains dont les seuls mots ont suffi à faire sortir des peuples entiers de la servitude, les ont libérés de l’enfer, des chaînes de leurs geôliers et leur ont donné les moyens intellectuels de penser avenir et reconstruction personnelle…

Que dire de la musique, domaine des arts, en tout cas pas de la science comme veulent l’entendre ses thuriféraires ? Elle a joué un rôle de premier plan dans la lutte pour l’émancipation des peuples noirs durant les années de braise de l’ignoble et inhumain apartheid en Afrique du sud et contre l’abominable ségrégation raciale aux Etats-Unis…

Il n’y a donc pas que la jeunesse et la science. Il y a les séniors et les autres disciplines. L’avenir se bâtit avec et par les jeunes et les anciens qui détiennent le savoir et la connaissance, parce qu’ils ont appris.

Zio Moussa [in Tribune Ivoire du vendredi 6 novembre 2026]

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