Qualifiée de « ratée » par un chroniqueur, l’intervention du Président Ouattara à Genève sur son héritage était au contraire un exercice de vérité et de lucidité. Analyse.
Votre analyse des 5 « ratés » de Genève relève de la mauvaise foi intellectuelle et d’une méconnaissance totale des codes de la communication d’un homme d’État. Décortiquons.
D’abord sur l’héritage réduit à l’emploi, c’est vous qui confondez petite phrase et grande vision. Vincent Depaul veut du lyrique, Ouattara lui est un économiste pragmatique, pas un poète. Et il est surtout le fils et l’héritier d’Houphouët. Houphouët a laissé une nation, c’est vrai. Mais quelle était sa méthode ? Une terre pour celui qui la travaille. Du travail pour tous. Ouattara ne trahit pas Houphouët, il l’accomplit. En 1960, l’héritage c’était la terre. En 2026, l’héritage c’est l’emploi. C’est la même philosophie adaptée à son temps. Dire « emploi », ce n’est pas se rabaisser au niveau d’un ministre de l’Emploi.
C’est prolonger l’œuvre du père fondateur. Nkrumah, lui, a laissé le panafricanisme, une grande idéologie de libération. Mais une idéologie, aussi noble soit-elle, ne remplit pas une assiette. Ouattara, comme Houphouët, laisse du concret : les moyens pour l’Ivoirien de vivre de son travail.
Ensuite, vous lui reprochez de dénoncer le système francophone qu’il a eu 16 ans pour changer. Mais c’est justement la preuve de son honnêteté intellectuelle, c’est du courage et non une autocritique. Un démagogue aurait dit « J’ai tout changé, tout est parfait ».
Un homme d’État lucide dit « J’ai construit les ponts, les universités, stabilisé la macro-économie, et maintenant j’attaque le plus dur : le logiciel mental hérité de 60 ans de colonisation ». Il ne critique pas son inaction, il nomme le prochain chantier. Passer d’une école coloniale de commis à une école de techniciens et d’ingénieurs ne se fait pas en un mandat.
Troisièmement, sur les chiffres du chômage, vous parlez d’une faute. C’est tout l’inverse, c’est de la transparence. Vous auriez voulu qu’il mente ? Qu’il brandisse un chiffre BIT flatteur devant des experts internationaux qui connaissent la réalité du continent ? Ce que Ouattara a fait à Genève, c’est ce qu’aucun président africain n’ose faire : dire la vérité sur la dualité de nos économies.
Il dit : Oui, le formel va mieux, c’est une victoire. Mais je sais que le réel, l’informel, est plus dur. À Genève, face à la Banque Mondiale, au BIT, on ne peut pas tricher. En assumant les deux chiffres, il montre qu’il maîtrise son dossier de A à Z.
Quatrièmement, sur les visas, vous n’avez rien compris à la géopolitique. Vous caricaturez en « demander aux voisins de fermer leurs portes », c’est puéril. Ouattara ne parle pas de bloquer, il parle de réguler des routes de la mort. Quand un jeune meurt dans le Sahara, ce n’est pas une question d’emploi, c’est une question de traite humaine, de réseaux criminels.
Demander au Maroc, à la Tunisie et à l’Algérie de mettre des visas, c’est casser le business model des passeurs qui vendent un rêve. C’est une mesure de PROTECTION de la jeunesse, pas de répression. Et il n’a jamais dit « je ne peux pas vous retenir ». Toute sa politique depuis 2011, ce sont les écoles, les universités, les zones industrielles, le FASI, l’entrepreneuriat.
Enfin, sur le cadrage qui serait acquis, votre traduction « Pour nous les riches, c’est bon » est malhonnête. Tout maçon vous le dira : on ne pose pas le toit avant les fondations. Pendant 10 ans, la Côte d’Ivoire était en ruine. Il a fallu refaire le cadrage macroéconomique. Sans ça, pas de salaires payés, pas d’investisseurs, pas de routes. Dire « c’est acquis » ne veut pas dire « on s’arrête ». Ça veut dire : « La fondation est solide, maintenant on peut construire le deuxième étage : le capital humain ». C’est une excellente nouvelle pour les pauvres.
Vincent Depaul, pour tout dire et pour ta gouverne, un héritage ne se résume pas en une punchline pour Twitter. A Genève, Ouattara ne s’y est pas rendu pour faire un meeting. Il est allé parler à des techniciens, avec le langage de la vérité : lucide sur les défis, transparent sur les chiffres, protecteur sur la migration et fier du socle construit. Vous vouliez une phrase historique. Il vous a donné un plan historique. C’est ça, la différence entre un commentateur et un Président.
Zazié Yao Gouawié, Fils de Konahari




