La rencontre du mardi 3 novembre 2026 à la mairie de Bondoukou aurait pu mal tourner, mais elle s’est finalement transformée en une véritable leçon de gouvernance locale.
En effet, tout avait mal commencé le 28 octobre dernier, lorsque des jeunes avaient bloqué le chantier de bitumage de la voie A1 pour réclamer son aménagement en 2×2 voies. Depuis lors, la tension n’avait cessé de monter, d’autant que les messages se durcissaient sur les réseaux sociaux.
Dès l’ouverture de la rencontre, un petit groupe visiblement excité a d’ailleurs tenté d’imposer un ton de confrontation, entre cris, interruptions et slogans, si bien que pendant quelques minutes, le dialogue a semblé impossible. Pourtant, c’est précisément à ce moment-là que la première leçon s’est imposée, à savoir que l’écoute désarme la colère.
Car le ministre d’État Kobenan Kouassi Adjoumani n’était pas venu pour faire la guerre, comme il l’a lui-même souligné d’emblée en affirmant qu’il était venu pour écouter et enregistrer. Au lieu de répondre à la provocation, il a ainsi salué la jeunesse, reconnu la légitimité de son combat et rappelé que ce qu’elle défendait, ce n’était pas pour une personne, mais pour toute la ville.
De ce fait, la tension a progressivement baissé et le groupe hostile s’est peu à peu isolé, jusqu’à se taire. Par ailleurs, cette rencontre a démontré que la fermeté n’exclut pas le respect. En ce sens, Adjoumani a été clair : on peut revendiquer et proposer, mais on ne défie pas l’autorité de l’État.
Or, ce rappel, fait sans menace et sans arrogance, a permis de recadrer le débat. Dans le même temps, il a évoqué ses échanges avec le vice-premier ministre, ministre de la Défense, Téné Birahima Ouattara, pour montrer que le dossier était pris au sérieux au plus haut niveau. Autrement dit, la fermeté, quand elle est expliquée, devient acceptable.
En outre, la rencontre a permis de franchir une étape décisive, celle qui consiste à transformer une revendication en proposition. Ainsi, au lieu de rester sur le slogan « 2×2 voies ou rien », les échanges ont débouché sur du concret. Adjoumani a notamment proposé un aménagement en 2×2 voies sur les entrées stratégiques de la ville, du corridor jusqu’à la station Fofié, et depuis Kouassi-Ndawa, avant le village de Goli, jusqu’à Bondoukou.
De surcroît, la voie de contournement a également été évoquée, tandis que le projet d’autoroute de l’Est, en 2×4 voies, annoncée par le président Alassane Ouattara, a été rappelé comme une perspective plus large. Cependant, le moment le plus fort de la rencontre est venu des jeunes eux-mêmes, ce qui constitue une autre leçon essentielle.
En effet, le délégué départemental du Conseil national des jeunes de Côte d’Ivoire, Alexis Adjoumani Kouadio, a présenté des excuses au nom de la jeunesse pour les incidents survenus lors des mobilisations. Dans la foulée, il a assuré que des consultations avaient été menées pour parvenir à une solution constructive. Dès lors, ces excuses ont changé l’atmosphère et montré que le dialogue n’était pas à sens unique.
Enfin, la rencontre ne s’est pas terminée par de simples promesses verbales, ce qui représente la dernière leçon à retenir. Il a été décidé que les propositions seront consignées dans un rapport, élaboré par le préfet avec les représentants des jeunes, puis transmis au ministre des Infrastructures et de l’Entretien routier, Yacouba Hien Sié, pour examen. C’est la garantie que la parole donnée ne s’envolera pas.
Au final, malgré l’hostilité d’un groupuscule au départ, Bondoukou a évité le pire et montré qu’il est possible de transformer une colère en projet, une manifestation en négociation, et une confrontation en responsabilité partagée. Certes, la route A1 n’est pas encore en 2×2 voies, mais le plus important a été gagné ce jour-là : la preuve que le dialogue, quand il est sincère des deux côtés, reste plus fort que la provocation.
Joël Abalo




