CONTRIBUTION / Filière Cacao : Les 3 Koné à l’épreuve d’une filière stratégique en quête de sérénité

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Ils s’appellent tous les trois Koné. Ils tiennent aujourd’hui les trois leviers de la filière cacao, la plus stratégique de l’économie ivoirienne. Et pourtant, la filière gronde.

D’un côté, Koné Brahima Yves, Directeur général du Conseil Café-Cacao, le régulateur. De l’autre, Koné Moussa, le syndicaliste bruyant, Secrétaire général du SYNAP-CI qui menace de faire descendre 8 000 producteurs sur la Caistab au Plateau. Au milieu, en arbitre et tutelle technique, Bruno Koné, Ministre, dont le département joue un rôle clé dans l’aménagement des zones de production et qui est souvent interpellé sur les questions agricoles en tant que figure majeure du gouvernement.

Trois hommes, trois rôles, un même fruit qui fait vivre plus de 6 millions de personnes et représente près de 40% des recettes d’exportation du pays. La question est alors de savoir ce qu’ils font pour ramener la tranquillité. Et à côté d’eux, un acteur dont on parle trop peu mais qui devrait être au premier plan, l’Organisation Interprofessionnelle Agricole de la filière Café-Cacao, l’OIA.

A la tête du Conseil depuis 2017, Koné Brahima Yves est le garant de la stabilité. Son arme reste le mécanisme de vente anticipée et de stabilisation. Ainsi, document à l’appui, les chiffres du Conseil montrent que le prix de 1 200 FCFA pour la campagne 2025-2026 a été fixé sur la base des ventes réalisées 12 mois plus tôt, quand le marché mondial était à 2 500 dollars. Or, aujourd’hui, le marché est à plus de 5 000 dollars.

De ce fait, le système, conçu pour protéger le paysan contre la chute des cours, devient impopulaire quand les cours s’envolent et le régulateur est accusé de capter la plus-value. Pour sa part, il assure vouloir préserver la réserve de stabilisation et garantir le paiement du prix minimum, avec déjà des saisies de camions et des suspensions d’acheteurs qui ne respectent pas le prix.

Face à lui, Koné Moussa joue son rôle historique de lanceur d’alerte et fait monter la pression. Depuis Toulépleu, il met le doigt là où ça fait mal, sur le différentiel entre le prix officiel et le prix réel pratiqué sur le terrain. En effet, document à l’appui, les reçus de producteurs et les témoignages de pisteurs dans le Cavally, le Guémon et le San-Pedro prouvent qu’on achète à 1 400, 1 500 FCFA.

Pour lui, c’est la preuve que le Conseil peut payer plus. Par ailleurs, sa stratégie du bruit est une tactique syndicale classique qui consiste à menacer la Caistab, symbole de l’Etat, pour forcer une revalorisation en milieu de campagne, comme cela a déjà été fait en 2022 et 2024.

Entre les deux, Bruno Koné est celui qui doit arbitrer sur le plan gouvernemental. Il est le seul, au sein de l’exécutif, à pouvoir porter une révision du barème et du prix.

Technocrate respecté, il est pris entre deux impératifs, celui de préserver le pouvoir d’achat du planteur et celui de préserver les équilibres macroéconomiques de la filière, notamment le Revenu Garanti du Producteur qui représente 70% du prix CAF. Dès lors, sa feuille de route est claire, à savoir la réforme de la commercialisation, la traçabilité pour l’exportation vers l’Union Européenne, et la lutte contre la contrebande vers le Liberia et la Guinée qui fausse le marché de l’Ouest, justement la zone de Koné Moussa.

Reste alors la question de l’OIA Café-Cacao. Créée pour être la maison commune de toute la filière, elle regroupe producteurs, acheteurs, exportateurs, transformateurs et banquiers. Sa mission légale est justement de défendre l’intérêt de tous les acteurs et de proposer des réformes consensuelles.

Pourtant, devant ce tableau de crise, l’organisation reste étonnamment silencieuse. On ne l’entend pas sur le prix de 1 200 FCFA jugé méchant, on ne la voit pas défendre les coopératives qui étouffent, ni proposer un mécanisme de bonus de fin de campagne comme au Ghana.

Document à l’appui, son dernier communiqué remonte à la campagne précédente et ses actions de terrain se limitent à des ateliers. Or, c’est précisément dans ce type de bras de fer que l’interprofession devrait jouer son rôle de médiateur, en portant la voix des producteurs devant le Conseil et en ramenant la vérité des chiffres sur la table. Son absence crée un vide que le syndicalisme bruyant vient combler.

En définitive, le destin des 3 Koné révèle une faille structurelle que l’OIA devrait corriger. Pour ramener la sérénité, il faudra d’abord une vérité des prix avec la publication chaque trimestre des ventes réelles du Conseil. Il faudra ensuite un bonus de fin de campagne comme au Ghana avec le COCOBOD pour reverser une partie de la plus-value aux producteurs.

Il faudra enfin un dialogue permanent, porté par une OIA forte et crédible, pour transformer la menace de descente sur la Caistab en un Conseil National du Cacao où le régulateur, le syndicat et la tutelle se parlent. Car le cacao ne peut pas être géré par communiqués interposés. Il est trop vital pour l’économie. Les trois Koné et l’interprofession ont aujourd’hui une responsabilité historique, celle de prouver qu’ils peuvent parler d’une même voix pour le paysan.

Zazié Yao Gouawié Fils

Sources : Conseil Café-Cacao – Barème campagne 2025-2026, ICCO Cours mondiaux octobre 2026, Décret de création OIA Café-Cacao, SYNAP-CI / Le Sursaut N°2431

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