Mao est-il à ce point intouchable en Chine qu’une simple allusion à un « dictateur chinois » suffise à déclencher une tempête médiatique et commerciale ? C’est la question que pose le journaliste et analyste Adama Ouédraogo Damiss dans une tribune consacrée à l’affaire Kylian Mbappé.
L’affaire part d’un extrait de l’émission française en ligne The Bridge. Interrogé sur les mèmes, Kylian Mbappé évoque celui qui le fait le plus rire : un montage où son visage est superposé à celui d’un homme qu’il croit être « un dictateur chinois« . Le montage représente en réalité Mao Zedong, fondateur de la République populaire de Chine.
Pour Adama Ouédraogo Damiss, deux précisions s’imposent : le capitaine des Bleus n’a pas nommé Mao et n’est pas l’auteur de l’image qui circulait déjà sur Internet. « Rien dans les propos rapportés ne permet d’affirmer qu’il voulait humilier le peuple chinois ou provoquer ses dirigeants», écrit-il. Mais la réaction a été disproportionnée, selon l’auteur.
Tempête sur les réseaux sociaux chinois, rupture de contrats publicitaires avec Dongpeng, Mengniu et Milkground, et suspension de la diffusion de la Liga par la télévision publique CCTV selon la presse espagnole. LaLiga, l’émission The Bridge et Mbappé lui-même ont présenté des excuses.
Au-delà du football, Damiss interroge la capacité d’une grande nation à regarder son histoire en face. Il rappelle que Mao incarne pour la Chine la victoire de 1949 et la souveraineté retrouvée, mais fut aussi « un dirigeant autoritaire dont les politiques ont causé des catastrophes humaines », du Grand Bond en avant à la Révolution culturelle, période dont la Chine a elle-même reconnu en 1981 qu’elle avait causé de lourdes pertes.
Le nœud du problème, pour l’auteur, est la confusion entre peuple, nation et régime. « Les Chinois ne se résument pas au Parti communiste, et la Chine ne se résume pas à Mao», souligne-t-il. « Respecter la Chine n’exige pas de sanctifier Mao. » Adama Ouédraogo Damiss dénonce l’engrenage où « la plaisanterie devient scandale, le scandale devient crise commerciale, et la crise prend des allures d’affaire diplomatique.
Il estime que des excuses proportionnées auraient pu suffire, sans mobiliser tout l’arsenal économique. « La grandeur d’une nation ne consiste pas à interdire que l’on plaisante sur ses dirigeants. Elle consiste à être assez forte pour ne pas confondre ses dirigeants avec son peuple, ni son histoire avec une légende intouchable», conclut-il, rappelant sa formule : « Mao n’est pas la Chine, et la Chine n’est pas Mao».
Koffi Amani




