On gouverne avec les mots. On gouverne aussi et, surtout, avec son image. L’image crée la célébrité et participe de la fondation de la crédibilité. La célébrité, la crédibilité et l’image interagissent. A la fin des fins, gouverner c’est gérer son image pour préserver et renforcer sa crédibilité. Et c’est un véritable nœud gordien. Plus facile à dire qu’à faire parce qu’éminemment compliqué. Les raisons sont nombreuses. Retenons-en trois.
D’abord, construire son image. C’est trop souvent au prix de lourds sacrifices au sens où s’entendent offrande, dévouement et engagement. Le tout porté par une intégrité sans faiblesse et une probité sans faille. Vertus cardinales dont aucune science de la communication ni stratégie de persuasion ne permettent l’acquisition ou l’appropriation. Construire son image exige une rupture radicale avec les facilités qu’offre la célébrité et une surveillance sans répit de soi face à de multiples tentations. L’affaire dite Rita Djédjé qui défraie la chronique démontre combien la célébrité expose, est fragile et soumet à une multitude de pressions : fraternité, amitié, camaraderie, impécuniosité…la liste est longue de ces contraintes auxquelles toute célébrité, surtout sous nos tropiques, peut céder des fois volontairement pour rendre service sans en attendre une contrepartie, certaines fois pour monétiser sa renommée. Sans intention, dans les deux cas, d’engager sa responsabilité dans la commission d’une faute.
Ensuite, enraciner sa célébrité dans l’éthique sociale, voire la morale. Et, surtout, être conscient que la célébrité sans éthique ni morale détruit l’image de manière irréversible. On ne peut être célèbre dans la légèreté et sans la conscience des risques qu’elle fait courir. Etre célèbre oblige à une sélection rigoureuse de ses engagements, de ses postures, de ses mots, de ses amitiés, de ceux et celles avec qui on a commerce… Non, il ne s’agit pas d’être un saint. Il suffit plutôt de rester un homme tout en ayant une claire conscience que la célébrité élève toujours au rang de modèle, de référence, d’exemple et d’icône.
Enfin, la célébrité positive peut-elle se concevoir sans crédibilité ? Questionnement majeur auquel on peut répondre en en référant, une fois encore, à l’affaire dite Rita Djédjé. Toutes les célébrités citées dans
cet autre épisode douloureux des affaires du foncier dans le pays ont été sollicitées pour apporter leur renommée à crédibiliser l’opération qui hélas ! les conduit devant le tribunal avec des chefs d’accusation redoutables.
Petite leçon : il est clair que les plus futés d’entre nous peuvent instrumentaliser, en toute conscience et à dessein, la crédibilité et la célébrité des uns et des autres pour donner du crédit à leurs entreprises les plus illégales. Ils deviennent à leur tour célèbres. Négativement. Et peuvent détruire célébrité et crédibilité construites le long de plusieurs décennies de dur labeur.
Zio Moussa




