DIOMAYE –SONKO : L’ÉPREUVE DU POUVOIR

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Ils étaient arrivés comme une promesse.
Mieux, comme une prophétie politique.

Deux hommes, deux frères de combat, deux figures présentées comme les nouveaux visages d’une Afrique débarrassée des vieux logiciels politiques.

Au Sénégal, beaucoup n’avaient pas seulement voté pour un programme ; ils avaient voté pour une espérance. Celle d’une rupture générationnelle quasi messianique portée par le tandem Bassirou Diomaye Faye – Ousmane Sonko.

Le peuple sénégalais croyait voir naître une alchimie politique rare : l’intellectuel discret devenu président et le tribun incandescent devenu Premier ministre.

Deux frères siamois politiques que rien ne semblait pouvoir séparer. Pas même la prison. Pas même les tempêtes judiciaires. Pas même les campagnes de diabolisation.

Et pourtant…
L’épreuve du pouvoir est passée par là.
Comme toujours.

Car le pouvoir est une drôle de machine : il révèle les hommes autant qu’il les consume. Dans l’opposition, les ambitions marchent main dans la main.

Au sommet de l’État, elles finissent souvent par se regarder en chiens de faïence. L’ennemi extérieur soude ; le pouvoir, lui, expose les contradictions intérieures.

Aujourd’hui, la décision du président sénégalais de se séparer de son puissant Premier ministre agit comme un séisme politique et psychologique au sein du Sénégal profond.

Ce n’est pas simplement une crise de palais. C’est un choc symbolique. Une déchirure affective pour une jeunesse qui avait transformé le projet du PASTEF en véritable récit de libération collective.

Car il faut entendre les rêves qui accompagnaient cette aventure politique.

Une partie de la jeunesse africaine voyait dans le duo Diomaye–Sonko la preuve qu’une autre Afrique était possible.

Souveraine, intègre, réconciliée avec elle-même, débarrassée des vieilles querelles ethniques, des clans poussiéreux et des dynasties politiques à rallonge.

Le problème, c’est que les rêves résistent rarement au contact brutal du réel.

Gouverner un État n’est pas diriger un meeting. Administrer une nation n’est pas haranguer des foules chauffées à blanc sur TikTok ou Facebook Live.

Entre les slogans révolutionnaires et les contraintes du pouvoir, il existe un océan que beaucoup découvrent trop tard.

L’Afrique a souvent produit des héros d’opposition. Elle cherche encore ses grands bâtisseurs d’institutions.

Et voilà aujourd’hui les militants du Pastef confrontés à une question douloureuse : la rupture promise était-elle un projet solide ou simplement une passion politique collective ?

Était-ce une vision d’État ou une communion émotionnelle portée par la colère populaire ?

Le divorce entre Diomaye Faye et Sonko ressemble, pour beaucoup, à la fin brutale d’un rêve romantique africain.

Un peu comme si la réalité venait rappeler aux peuples que les hommes providentiels n’existent pas. Ou alors qu’ils finissent toujours par redevenir des hommes… avec leurs ego, leurs ambitions, leurs désaccords et leurs fragilités.

La politique africaine est décidément cruelle : elle transforme souvent les compagnons de lutte en rivaux de circonstance.

Hier unis contre le système, aujourd’hui séparés par les exigences du système lui-même.

Et pendant que les leaders se regardent désormais avec méfiance, la jeunesse sénégalaise, elle, regarde l’avenir avec inquiétude.

Parce qu’au fond, ce qui se fissure aujourd’hui au Sénégal, ce n’est pas seulement une alliance politique.

C’est le rêve de toute une génération.

Malheureusement…

Dieu est fidèle.

Par Jean-Claude Coulibaly

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