« ASSEYONS-NOUS ET DISCUTONS » SAUF AVEC LES NÔTRES.

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Il y a des slogans qui construisent une réputation. Et des actes qui la démolissent.

« Asseyons-nous et discutons » ce syntagme que Laurent Gbagbo n’a cessé de répéter dans son combat pour le multipartisme. Inspiré de l’arbre à palabre, symbole africain du dialogue, de la tolérance et de la résolution des conflits. Un livre entier a été écrit sur cette philosophie. Des militants en ont fait leur catéchisme. Des discours entiers ont été bâtis sur cette image Gbagbo l’homme du dialogue, Gbagbo le tolérant, Gbagbo qui écoute.

Et puis les faits.

Son départ du FPI avait déjà été perçu comme une contradiction avec cette devise. Aujourd’hui, la rupture avec Don Mello semble confirmer une intolérance au désaccord et une incapacité à maintenir un dialogue interne. Au PPA-CI, toute voix divergente est immédiatement sanctionnée.

61 cadres et militants sanctionnés lors du congrès des 14 et 15 mai 2026. Ahoua Don Mello radié. Fernand Ahilé radié. Stéphane Kipré son propre gendre suspendu 18 mois.

Et Blaise Lasm en prison pour des accusations non encore jugées s’est vu interdire l’accès au congrès de son propre parti. La phrase du slogan a été retournée par Stéphane Kipré lui-même depuis l’extérieur « Permettons à notre direction d’appliquer ce que le Président Gbagbo nous a toujours enseigné : asseyons-nous et discutons. Œuvrons à vider les prisons ivoiriennes de nos camarades. »

C’est le gendre qui demande au beau-père d’appliquer sa propre philosophie. La scène serait drôle si elle n’était pas aussi révélatrice.

Voilà l’opposition ivoirienne en 2026. Et j’assume de la dire parce que je la soutiens ou plutôt parce que je veux qu’elle mérite qu’on la soutienne.

Le RHDP concentre tous les pouvoirs. C’est réel. C’est documenté. C’est dénoncé à juste titre. Mais une opposition qui punit ses dissidents comme le pouvoir punit ses critiques ne peut pas prétendre incarner une alternative démocratique. Elle reproduit ce qu’elle combat la personnalisation du pouvoir, l’intolérance à la contradiction, la discipline par la sanction plutôt que par le débat.

La question de la transition générationnelle reste entière au sein du PPA-CI. Apparemment, aucun responsable ne semble aujourd’hui capable de s’imposer naturellement comme successeur consensuel de Laurent Gbagbo.

Et là est le vrai problème. Un parti qui n’a pas préparé sa relève après 36 ans d’existence n’a pas construit une institution. Il a construit un culte de la personnalité.

On a trop critiqué le RHDP. On n’a pas assez critiqué l’opposition. Et cette indulgence coupable ce deux poids deux mesures que j’assume moi-même avoir pratiqué a permis à ses défauts de s’installer et de grandir sans être interrogés.

Une démocratie a besoin d’une opposition forte. Forte veut dire crédible. Crédible veut dire cohérente. Et cohérente veut dire appliquer à soi les standards qu’on exige des autres.

« Asseyons-nous et discutons » une belle phrase. Qui attend encore d’être vécue par ceux qui la chantent le plus fort.

Source : l’infodrome

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