Dans une tribune signée par Nadiany Bamba, l’épouse du président du PPA-CI remettait en cause l’idée largement admise d’une gauche ivoirienne structurée. Depuis, une polémique est devenue virale au sein du Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire. Un transfuge du Front populaire ivoirien (FPI), Ambroise Gnahoua, aujourd’hui militant de base du PPA-CI est monté au créneau pour exprimer un désaccord frontal et sans concession.
En effet, dans une déclaration incisive, ce dernier rejette du revers de la main les propos attribués à Madame Nady Bamba. Ce dernier montre son désaccord total avant de marquer la gravité de ce qu’il considère comme une remise en cause inacceptable d’un héritage politique. Pour lui, affirmer qu’« il n’y a pas de gauche ivoirienne » s’apparente à une insulte intolérable. « Cela porte un terrible coup à la mémoire de tous ceux qui ont lutté pour la liberté et la justice sociale dans ce pays », se convainque-t-il.
Pourquivant, Ambroise Gnahoua convoque alors les figures emblématiques de cette tradition idéologique : notamment Harris Memel-Fotê, Bernard Dadié, Boga Doudou ou encore Aboudramane Sangaré. « Une telle déclaration les ferait se retourner dans leurs tombes », lance-t-il, dénonçant une forme d’effacement historique.
Mais au-delà de l’émotion, le militant se veut aussi rigoureux sur le plan doctrinal. Il rappelle que le PPA-CI se définit lui-même, dans ses textes fondateurs, comme un parti « de gauche, socialiste et panafricaniste », fondé sur les principes du socialisme démocratique. « Nier l’existence de la gauche ivoirienne, c’est déchirer le manifeste même de notre parti », insiste-t-il, pointant une contradiction qu’il juge préoccupante.
L’un des points les plus sensibles de cette controverse reste cependant la place accordée à Laurent Gbagbo dans l’analyse du paysage politique. Là où Nady Bamba met en avant la centralité des grandes figures historiques, érigeant son époux en référence incontournable, Ambroise Gnahoua appelle à une lecture plus collective et idéologique. « Les Ivoiriens n’ont pas suivi Laurent Gbagbo pour son nom, mais pour ses idées », affirme-t-il avec force. Selon lui, réduire le combat politique de l’ancien chef de l’État à sa seule personne serait une erreur, voire une trahison. « Ramener l’héritage de Laurent Gbagbo à un simple culte de la personnalité, c’est le faire mentir lui-même », tranche-t-il.
Il rappelle que la naissance du FPI dans les années 1980 reposait avant tout sur un projet de société, porté par un collectif de militants engagés, et non sur une figure unique. Cette sortie révèle une ligne de fracture au sein du PPA-CI, entre une vision incarnée du pouvoir et une approche fondée sur les idéologies et les programmes. À l’heure où les débats politiques se multiplient à l’approche des échéances électorales, cette controverse met en lumière des divergences profondes sur la nature même de l’engagement politique en Côte d’Ivoire.
Une chose est certaine : loin d’être clos, le débat sur l’existence et la place de la gauche ivoirienne est désormais relancé avec vigueur.
Prince B




