Les populations des Grands Ponts plaident pour la libération des jeunes incarcérés
Quelques mois après les remous de la présidentielle d’octobre 2025, la région des Grands Ponts tente de tourner la page, oscillant entre mea culpa collectif et appel pressant à la clémence. Réunies autour du Premier ministre Robert Beugré Mambé, dans son village d’Abiaté 2, samedi 11 avril 2026, les populations de Dabou, Jacqueville et Grand-Lahou sont venues porter un message à la fois grave et chargé d’espoir : obtenir la libération des jeunes incarcérés à la suite des actes de vandalisme ayant entaché le scrutin.
Derrière cette démarche, une reconnaissance lucide des faits. Porte-parole des populations, le ministre Adjé Silas Metch n’a pas éludé la responsabilité des jeunes mis en cause. Bien au contraire. Il évoque « la gravité » des actes, tout en insistant sur un tournant : celui d’une prise de conscience tardive, mais réelle.
Selon lui, ces jeunes, désormais confrontés à eux-mêmes, mesurent l’ampleur de leurs dérives. Le discours se veut sans détour, presque introspectif. « Ils reconnaissent avoir souillé l’image et le drapeau de la famille », a-t-il affirmé, pointant du doigt des trajectoires fragilisées, souvent happées par les réseaux sociaux et des influences extérieures.
Une manière, à demi-mot, de dénoncer les mécanismes de manipulation dont ils auraient été les instruments, tout en évitant de les exonérer totalement de leur responsabilité. Car au-delà de la repentance affichée, c’est bien une demande de pardon qui est formulée. Les populations en appellent à la « grâce » du Chef de l’État et à « l’indulgence » de la nation tout entière.
Une requête qui pose, en filigrane, la question délicate de l’équilibre entre justice et réconciliation, dans un contexte politique encore marqué par les stigmates des tensions électorales. Autre élément saillant : le sentiment d’abandon. Adjé Silas Metch souligne que ces jeunes auraient été lâchés par leurs supposés commanditaires dès les premières heures de leur arrestation.
Une déclaration lourde de sous-entendus, qui interroge sur les responsabilités en amont et les dynamiques politiques ayant pu alimenter les débordements.Mais cette visite ne se limite pas à un plaidoyer judiciaire. Elle s’inscrit aussi dans une logique de repositionnement politique et de projection vers l’avenir.
Le ministre a ainsi rappelé le soutien massif de la région des Grands Ponts au Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) et au Président Alassane Ouattara, réaffirmant l’ancrage de la région dans la majorité présidentielle. Dans la foulée, les populations ont décliné une série de doléances, révélatrices des attentes persistantes en matière de développement. À Dabou, l’urgence porte sur le bitumage des pistes villageoises, condition essentielle à l’écoulement des productions agricoles et à l’accès aux services sociaux de base.
À cela s’ajoutent les projets structurants, tels que la construction du Centre hospitalier régional et l’implantation d’un pôle universitaire annexe.À Jacqueville, l’accent est mis sur la réhabilitation et le bitumage d’axes routiers stratégiques, tandis qu’à Grand-Lahou, les revendications prennent une dimension à la fois administrative et économique, avec la volonté de redonner à la ville son statut côtier et de renforcer son attractivité territoriale. En toile de fond, une préoccupation transversale : la stabilisation du réseau électrique, indispensable au développement local.
Ainsi, entre reconnaissance des fautes passées et aspirations à un avenir meilleur, les populations des Grands Ponts tentent de redéfinir leur trajectoire. Reste à savoir si cet appel à la clémence trouvera un écho favorable au sommet de l’État, dans un contexte où la nécessité de préserver l’ordre public cohabite avec l’exigence de cohésion nationale.
Zié Koffi
