La tension politique est montée d’un cran dans la commune de Sirasso, dans le Nord de la Côte d’Ivoire.
Un collectif de conseillers municipaux a officiellement annoncé son retour au Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP) et exige désormais la démission du maire Sékongo Pélégnon. Cette sortie publique marque une nouvelle étape dans les tensions qui secouent le conseil municipal depuis plusieurs mois.
Dans une déclaration rendue publique ce mardi 10 mars 2026, ces conseillers affirment avoir été trompés par l’actuelle équipe municipale. Ils rappellent que lors des élections municipales de 2023, la liste indépendante conduite par le maire avait obtenu la victoire avec une promesse jugée déterminante : celle de rejoindre par la suite le RHDP afin de travailler dans un esprit de rassemblement et de développement pour la commune. « Nous avons fait campagne sur la base d’un engagement clair.
Deux ans après, nous constatons que les populations ont été trompées et que les conseillers ont été manipulés », déclare le collectif dans sa prise de position. Selon ces élus, la situation a commencé à se détériorer quelques mois après la victoire électorale. Le maire aurait alors affiché son rapprochement avec ADCI (Aujourd’hui et Demain, La Côte d’Ivoire), le parti fondé par le maire de Tiassalé, Assalé Tiémoko.
Les conseillers citent notamment la venue de ce dernier à Sirasso, présentée à l’époque comme la visite d’un parrain politique. « Nous avons compris à ce moment que la promesse de retour au RHDP n’était qu’un prétexte pour gagner les élections », affirment les conseillers frondeurs. Les divergences se seraient aggravées lors des préparatifs des élections législatives. Les deux adjoints au maire auraient alors tenté de convaincre Sékongo Pélégnon de ne pas se présenter contre le député en fonction, Soro Kanigui Mamadou, candidat du RHDP et également conseiller municipal.
Selon eux, la candidature du maire contredisait l’argument majeur avancé lors des municipales de 2023, à savoir le refus du cumul des fonctions politiques à Sirasso. « Nous avions expliqué aux populations qu’il fallait éviter le cumul des mandats. Comment pouvions-nous, deux ans plus tard, revenir leur demander exactement le contraire ? », s’interrogent-ils. Malgré ces mises en garde, le maire a maintenu sa candidature aux législatives avant d’être battu au scrutin.
Depuis cette défaite, les relations au sein du conseil municipal se seraient fortement dégradées. Les conseillers accusent notamment le maire d’avoir engagé une campagne de dénigrement contre certains élus. « Depuis cette période, la mairie est devenue un lieu de tensions permanentes. Les conseillers, les agents administratifs, les chefs coutumiers et même certains responsables administratifs sont régulièrement pris à partie », déplore le collectif. Les élus dénoncent également une gouvernance marquée par un manque de dialogue et une attitude jugée irrespectueuse envers plusieurs acteurs de la commune. « Sirasso ne peut pas se développer dans un climat de division et de mépris.
La cohésion est indispensable pour construire l’avenir de notre commune », affirment-ils. Face à cette situation, onze conseillers municipaux issus de la liste indépendante ont décidé de rejoindre officiellement le RHDP. En s’alliant avec six conseillers déjà membres du parti présidentiel, ils annoncent la création du Collectif des conseillers municipaux de Sirasso pour la cohésion et le développement, qui regroupe désormais 17 conseillers sur les 32 que compte le conseil municipal. Ces élus affirment déjà avoir posé un premier acte politique fort : le boycott du conseil municipal du 27 février 2026, qui a été annulé faute de quorum. « Nous avons voulu envoyer un signal clair. La gestion actuelle de la commune ne peut plus continuer ainsi », expliquent-ils.
Les conseillers annoncent qu’ils participeront au prochain conseil municipal prévu le 21 mars 2026 afin d’y exprimer officiellement leur majorité et d’appeler leurs collègues à se joindre à leur démarche. « Les conseillers municipaux s’y rendront cette fois-ci pour exprimer leur majorité et inviter les autres conseillers à les rejoindre pour demander aux maire de démissionner. Les courriers d’information et de protestation seront adressés à l’autorité de tutelle dans les heures suivant cette déclaration avec plus de détails sur la gouvernance du maire », préviennent-ils.
Dans ce contexte politique déjà très tendu, cette crise au sein du conseil municipal pourrait marquer un tournant dans la gouvernance locale de Sirasso, où les prochaines semaines s’annoncent décisives. Cette crise politique a également suscité la réaction de Assalé Tiémoko, qui conteste la légitimité de cette demande de démission et estime que le maire de Sirasso, Sékongo Pélégnon, est victime de pressions politiques liées à son choix d’adhérer à l’ADCI plutôt qu’au RHDP.
Prince B




