GAGNOA : Démantèlement d’un vaste réseau

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6 enfants sauvés d’un départ vers des sites d’orpaillage au Mali

Beau coup de filet de la Brigade de recherche et d’intervention (BRI) de Gagnoa qui vient de démanteler un vaste réseau de trafic d’enfants ayant des ramifications au Mali.

À Gagnoa, tout commence par une scène presque ordinaire. Six enfants, âgés de 11 à 17 ans, sont repérés à la gare UTB. Ils affirment vouloir se rendre à Yamoussoukro. En apparence, un voyage banal. Mais leurs regards trahissent autre chose : hésitation, nervosité, incohérences dans les réponses. Des agents du ministère en charge de la Femme, de la Famille et de l’Enfant, présents sur les lieux, pressentent le danger. Ils alertent immédiatement le commissariat du 2ᵉ arrondissement de Gagnoa. Le procureur est saisi sans délai. Une enquête approfondie est ouverte. Et là, l’histoire bascule. Yamoussoukro est une fausse destination finale. Lors des premières écoutes, les enfants expliquent avoir été recrutés par un jeune commerçant de 20 ans, résident à Nakadougou (Ouragahio), identifié sous les initiales D. Z. Rapidement interpellé, il affirme qu’il s’agit simplement de travaux champêtres à Yamoussoukro. Une version trop lisse. Trop rapide. Les enquêteurs approfondissent leurs investigations. Une autre piste apparaît. La destination finale ne serait pas Yamoussoukro. Sous la pression des éléments recueillis, D. Z. évoque un trajet plus long. Au-delà des frontières : Le Mali.
Un nom est cité : celui d’un homme basé au Mali, présumé commanditaire. À ce stade, les enquêteurs comprennent que le jeune recruteur n’est qu’un maillon d’une organisation plus vaste. Les enfants ne sont pas attendus pour un simple travail saisonnier. Quelque chose cloche. Le 4 février, les mineurs sont officiellement mis à disposition de la BRI Gagnoa pour nécessité d’enquête. Mais le réseau, lui, croit toujours que le voyage suit son cours. Le commanditaire veut suivre son “colis”. Les enquêteurs comprennent qu’il ne faut rien brusquer. Ils décident de jouer avec le temps. De laisser croire que le départ est simplement reporté en raison de contrôles routiers. Le réseau patiente. Une nouvelle date est fixée : le 20 février, à l’aube. Jeudi 20 février. Il est 4h30 du matin. Un véhicule de transport local est discrètement positionné. Au volant : un élément de la BRI. À bord : d’autres agents en civil.
Les mineurs sont sécurisés. À l’heure convenue, l’émissaire du réseau qui devait envoyer les enfants à Yamoussoukro se présente pour récupérer les enfants en vue du voyage. Il ne repartira pas. Interpellé sans éclat, conduit à la base, il reconnaît sa mission : convoyer les mineurs vers Yamoussoukro, première étape d’un itinéraire plus vaste. Mais l’opération ne fait que commencer. Un car parti d’Abidjan est déjà en route. Il doit récupérer les enfants à Yamoussoukro pour les acheminer vers le nord du pays. La course contre la montre ; le temps est compté. La BRI Gagnoa prend immédiatement la route. La BRI Yamoussoukro est alertée. La coordination est millimétrée. À Yamoussoukro, l’homme chargé de réceptionner les enfants est interpellé discrètement par la BRI Yamoussoukro. Il évoque alors un responsable de gare à Adjamé à Abidjan. Dans la foulée, la Sous-direction de la lutte contre la traite des enfants, rattachée à la Police Criminelle, est saisie. Un équipage se rend à Adjamé. Le responsable de gare cité est interpellé. Le puzzle prend forme. Mais c’est pas fini. Un autre complice attend les enfants à Tingrela. Le commissariat de Tingrela , saisi à son tour, boucle discrètement la zone. Le 21 février à 6 heures du matin, un homme se présente avec un code précis pour récupérer les mineurs. Il est immédiatement interpellé par les agents de Police de Tingrela qui ont veillés sur place. Il reconnaît être l’émissaire du commanditaire basé au Mali. Il admet également convoyer régulièrement des mineurs vers des sites d’orpaillage. Cette fois, l’architecture du réseau apparaît clairement : recruteurs locaux, convoyeurs intermédiaires, relais dans les gares routières, réceptionnaires aux frontières. Le système est démantelé. L’opération, menée en parfaite coordination entre le Commissariat du 2eme arrondissement de Gagnoa, la BRI Gagnoa, la BRI Yamoussoukro, le commissariat de Tingrela , la Sous-direction de la lutte contre la traite des enfants de la Police Criminelle, a été suivie minute par minute par le Directeur de la Police Criminelle sous la coordination du DGPN le Général Kouyaté. Elle met au jour un vaste réseau de trafic illicite de migrants et de traite des personnes à des fins d’exploitation économique. Les principaux mis en cause ont été déférés devant le parquet du tribunal de première instance de Gagnoa. Les six enfants, quant à eux, ont été confiés aux services compétents pour leur protection et leur accompagnement. Ce dossier ne parle pas seulement d’interpellations. Il parle de six trajectoires stoppées avant l’irréparable. Il parle de promesses mensongères et de routes dangereuses. Il parle d’une vigilance qui a tout changé. Ce jour-là, ce ne sont pas des “colis” qui ont voyagé. Ce sont des enfants qui ont été sauvés. C’est donc le lieu de féliciter la Police Nationale pour cette coordination.

De Gnamien et Police Secours

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