- ︎ Comment la clémence envers les élus indépendants peut renforcer l’harmonie
La gestion des élus indépendants issus du parti constitue un test majeur pour le RHDP : clémence et réintégration peuvent devenir des instruments pour consolider l’unité et la stabilité interne.
Au lendemain des législatives partielles du samedi 21 février, un enseignement politique majeur s’impose au Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) : la consolidation de l’unité interne passe désormais moins par la fermeté disciplinaire que par une gestion inclusive des ambitions et des sensibilités. La victoire du candidat indépendant Dosso Aboubacar Sidiki à Dualla-Massala, face au candidat officiellement investi par le parti présidentiel, Dosso Mamadou, constitue bien plus qu’un simple revers électoral local. Elle révèle une réalité politique plus profonde : l’expression souveraine de la volonté populaire ne se décrète pas, elle se constate. Et elle appelle, de la part des formations politiques, lucidité et capacité d’adaptation.
Comprendre le message des urnes
L’historien Soualiouo Ben Meité l’a souligné avec clarté : il s’agit là de l’expression authentique du suffrage populaire. Selon lui, les partis politiques doivent désormais porter leur choix sur des personnalités véritablement en phase avec les réalités sociales, économiques et culturelles des populations. Les électeurs, dit-il, ne sont plus dupes ; leurs consciences se sont éveillées, leurs mentalités ont évolué. « Ce ne sont pas des menaces et des intimidations qui feront changer les choses. Ce qui était possible aux XIXᵉ et XXᵉ siècles ne l’est plus au XXIᵉ siècle. Nous invitons une fois de plus les représentants locaux des partis à davantage de lucidité et de compréhension. Les exemples sont légion dans de nombreuses circonscriptions électorales. Il est donc important de se rendre à l’évidence. D’ailleurs, ceux qui sont élus sous la bannière “indépendants” sont tous militants du RHDP », a-t-il éclairé. Ces propos traduisent une vérité politique incontournable : la dissidence n’est pas nécessairement synonyme de rupture idéologique. Dans bien des cas, elle exprime un malaise organisationnel ou un désaccord stratégique, sans pour autant remettre en cause l’appartenance fondamentale au parti.
La clémence comme levier stratégique
Ils seraient dix-huit ou dix-neuf députés indépendants, fraîchement élus, vivant aujourd’hui dans l’attente fébrile d’un geste de clémence. Dans ce contexte, accorder cette clémence aux élus indépendants issus de ses rangs ne constituerait nullement un aveu de faiblesse pour le RHDP. Bien au contraire, il s’agirait d’un choix stratégique mûrement réfléchi, destiné à préserver l’harmonie interne et à préparer sereinement les échéances à venir. Les défis à venir consolidation institutionnelle, maintien de la majorité parlementaire, gestion des attentes sociales, préparation des prochaines consultations électorales exigent une cohésion sans fissures. Or, exclure durablement des élus qui demeurent idéologiquement proches et politiquement alignés pourrait créer des fractures inutiles, voire nourrir des ressentiments contre-productifs. En politique, l’autorité ne s’oppose pas à l’intelligence collective. Elle s’enrichit lorsqu’elle sait conjuguer fermeté des principes et souplesse dans l’application. Il ne s’agit pas de banaliser l’indiscipline, ni d’encourager les candidatures parallèles. Il s’agit plutôt de reconnaître que l’évolution des consciences citoyennes impose une transformation des pratiques partisanes. Le temps des décisions verticales incontestées s’efface progressivement devant une exigence accrue de représentativité réelle et d’ancrage local.
Renforcer l’ancrage
En réintégrant ces élus indépendants, le RHDP enverrait un message fort : celui d’un parti capable d’écoute, d’introspection et de dépassement des tensions internes. Un parti qui privilégie l’unité stratégique à la sanction symbolique. Car au fond, ces élus demeurent des militants issus de la même matrice politique, porteurs des mêmes références idéologiques. Les maintenir à la marge reviendrait à fragmenter inutilement un capital politique déjà acquis. La vie démocratique moderne exige des partis qu’ils évoluent au rythme des sociétés qu’ils ambitionnent de gouverner. La victoire d’un candidat indépendant, loin d’être un revers ou une sanction pour le RHDP, peut et doit être perçue comme une chance stratégique. Chaque succès électoral hors des cadres stricts du parti est un signal clair des attentes des populations, de leur volonté d’un dialogue plus direct avec leurs représentants et de leur exigence de cohésion locale. Plutôt que d’isoler ou de punir ces élus, le parti gagnerait à transformer ces victoires en acquis : en réintégrant ces militants, en capitalisant sur leur expérience et leur implantation locale, le RHDP renforce son unité et sa légitimité. C’est l’occasion de réaffirmer la discipline interne sans briser le lien avec ceux qui restent idéologiquement et historiquement attachés au parti.
Zié Koffi



