À l’EPP Les Oliviers, un geste de solidarité en faveur des élèves révèle des difficultés préoccupantes. Toilettes non fonctionnelles, absence d’électricité, insécurité et manque de moyens, derrière la joie des enfants se dessine une réalité qui interpelle les pouvoirs publics.
À Cocody, commune réputée pour son standing, des écoliers apprennent encore dans des conditions qui interrogent les ambitions de l’école ivoirienne. Vendredi 16 octobre 2026, à l’EPP Les Oliviers, dans le sous-quartier Colombie, la remise de 160 kits scolaires par le Cercle de réflexion et d’actions politiques (CERAP), avec l’appui du président Yaya Fofana, président du Mouvement des Forces d’Avenir (MFA) et parrain de l’organisation, a pris une dimension dépassant largement la simple cérémonie de dons. Derrière les sourires des enfants, une école confrontée à de sérieuses difficultés a lancé un véritable appel à la solidarité.
Conduite par son président Meless Deroche, la délégation du CERAP, accompagnée du président Yaya Fofana, a remis aux élèves 160 kits comprenant notamment des cahiers, des craies et des ensembles géométriques. Sur ce total, 100 kits ont été personnellement offerts par le président du MFA. Une contribution destinée à soulager les familles et à améliorer les conditions d’apprentissage, particulièrement pour les élèves de CM2 qui préparent leur examen de fin de cycle.
Mais cette initiative citoyenne a également permis de mettre en lumière les insuffisances d’un établissement pourtant relativement récent. Construite par la mairie de Cocody et inaugurée en 2023 en présence de Mariatou Koné, alors ministre de l’Éducation nationale, l’EPP Les Oliviers fait aujourd’hui face à plusieurs difficultés majeures. Selon les responsables de l’école, les toilettes ne sont pas fonctionnelles, l’établissement n’est pas électrifié et aucun gardien n’assure sa sécurité. Deux vols nocturnes auraient d’ailleurs été enregistrés les 6 et 13 janvier 2026.
Comment une école inaugurée il y a seulement trois ans peut-elle déjà se retrouver confrontée à de telles insuffisances ? La question mérite d’être posée, tant elle renvoie aux enjeux d’entretien, de sécurisation et de suivi des infrastructures scolaires.
Sensibilisé aux préoccupations du personnel éducatif, le président Yaya Fofana ne s’est pas limité à la remise des fournitures. Il a immédiatement apporté une contribution financière de 100 000 FCFA et invité les responsables à dresser un état précis des besoins prioritaires.
« Je vous prie de faire un document dans lequel vous énumérez vos besoins et priorités. Dans la mesure de nos possibilités, nous verrons bien ce que nous pourrons faire comme appui », a-t-il déclaré.
Une démarche qui traduit sa volonté d’inscrire cette action dans une perspective d’accompagnement concret, au-delà de la cérémonie symbolique.
Pour Meless Deroche, le choix de l’EPP Les Oliviers répond à une conviction forte. La précarité scolaire ne se limite pas aux zones rurales. Elle touche également des familles vivant dans les quartiers défavorisés de la capitale économique.
« Nous tenions à commencer par Abidjan, car, contrairement à certaines idées, il y a ici des enfants qui vivent dans l’extrême dénuement et la précarité », a-t-il expliqué, avant de remercier le président Yaya Fofana pour son engagement dans la réussite de cette première édition.
Le président du CERAP a également exprimé son indignation face à l’absence d’électricité dans l’établissement. « Il est inadmissible qu’une école ne soit pas électrifiée », a-t-il déploré.
L’émotion était également perceptible chez Touré Adama, directeur de l’EPP Les Oliviers, qui a salué une première dans l’histoire de son établissement.

« C’est la toute première fois que nous recevons un don. Je puis vous assurer que ces dons seront utilisés à bon escient. Nous sommes sans grands moyens et il n’y a pas de COGES », a-t-il confié, tout en appelant à la poursuite de cet élan de solidarité.
Présent à la cérémonie, le conseiller Kambiré s’est engagé à transmettre un compte rendu à l’inspection de l’enseignement primaire compétente.
Au-delà de cette première opération, le CERAP entend élargir son champ d’intervention. Établissements scolaires, centres de santé, pouponnières et autres structures sociales pourraient bénéficier de prochaines initiatives, conformément à la volonté affichée par Meless Deroche de faire de la solidarité une action durable.
Cette mobilisation soulève néanmoins une interrogation essentielle. La générosité des citoyens peut-elle durablement compenser les insuffisances des infrastructures publiques ? Si l’engagement associatif mérite d’être salué, il ne saurait se substituer aux responsabilités des autorités compétentes en matière d’équipements, d’hygiène et de sécurité scolaire.
À l’EPP Les Oliviers, les 160 kits distribués représentent bien davantage que des fournitures. Ils incarnent une promesse d’espoir pour des enfants dont l’avenir ne devrait jamais dépendre des difficultés matérielles de leur établissement.
Car offrir un cahier à un enfant, c’est l’aider à apprendre. Mais lui garantir une école sûre, salubre et fonctionnelle, c’est lui donner véritablement les moyens de réussir.
Et c’est précisément là que commence le véritable défi de l’éducation nationale.
Service de communication