La Tribune / Ce que j’en pense : Sommes-nous vraiment propres ?

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La saleté !. Et si nous étions vraiment sales ? « Sales Nègres ! » Insulte suprême d’un racisme nauséeux qui a mobilisé de nombreux intellectuels et penseurs africains et afro-descendants.

Longue bataille qui n’a pas encore cessé. L’ignoble « Code Noir » vient, enfin ! d’être “brûlé.” Mais qu’on ne s’y trompe pas : le racisme anti-noir reste le substrat de nombreuses civilisations à travers le monde. Et le « Sale Nègre ! » est passé dans le subconscient des racistes du monde entier.

Il n’avance plus avec ses gros sabots : il s’est fait plus subtile. Se drapant dans le manteau politiquement correct de mots lumineux, de doux euphémismes et, parfois, déloges flatteurs, d’applaudissements hypocrites et sournois…

Mais, si notre colère reste intacte, vive et notre haine du racisme sans concession, il est des moments où nous nous interrogeons : et si nous, Ivoiriens, étions vraiment…pas propres ? Il suffit de visiter nos marchés.

Dans une anarchie totale, de nombreuses vendeuses de victuailles, assises sur des tabourets au bord de caniveaux pleines à craquer de toutes les saletés, exposent, parfois sur de simples bouts de caoutchouc, dans la boue noire ou presque, les denrées alimentaires à vendre.

Les étals d’atièkè, de poisson, viande et poulet grillés sont investis par des armées de grosses mouches bleues. Véritables propriétaires des lieux, elles servent avec les clients et pondent des œufs sur tout.

Dans certains marchés, les grosses poubelles déversent des tonnes d’ordures à moins d’un mètre des vendeuses d’orange, d’arachide, de légumes, de poisson frais, de viande de boucherie, de fruits, de gâteaux exposés à l’air libre.

Un air libre qui pue toutes les odeurs de lézards, margouillats et salamandres en décomposition dans les flaques d’eau pourrie qui transforment le sol du marché en champ lunaire…

Dans la gargote du coin, on sert à manger sans se laver la main, en pétrissant l’attièkè avec les doigts, sans gant, dans des assiettes à la propreté douteuse, lavées dans une eau presque jamais renouvelée…Ah ! le garbadrome. Ses amateurs assurent que plus c’est sale plus le garba et le thon brûlé qui y sont vendus sont sucrés.

Toujours un sol en terre battue de mauvaise qualité, des planches branlantes qui tiennent lieu de table, le visage bouffi du maître des lieux qui semble avoir juré de ne prendre une douche sommaire et sans savon qu’une seule fois tous les 365 jours, les mains calleuses, les ongles pas coupés et pas propres… Une vaisselle mal lavée… une huile de cuisson qui sert et ressert des dizaines de fois…

Et pourtant, les clients s’agglutinent. Achètent. Malbouffent. Et sont heureux. Ça marche d’enfer ! Dans la saleté.Sommes-nous propres ?

Zio Moussa

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