Qu’est-ce que vous aimez le plus dans Tribune Ivoire ?
La mise en page se défend. Elle est même agréable : le choix des couleurs, des illustrations, l’agencement des rubriques, de la police de caractères, etc., participent de la lisibilité et d’une identité graphique relativement bien pensée.
Toutefois, l’ensemble ne se démarque pas véritablement des autres titres sur le marché ivoirien. On a le sentiment que tout le concept iconographique n’a pas fait l’objet de grandes recherches ni d’originalité.
J’aime souvent à rappeler que le grand succès de Nord-Sud à l’époque a aussi été bâti sur sa mise en page très élaborée qui a créé une rupture esthétique novatrice dans la conception graphique. La Tribune Ivoire qui fête aujourd’hui son premier anniversaire ne peut pas et, surtout, ne doit pas se contenter de l’aspect festif. Ses responsables ont le devoir de repenser entièrement son habillage dans le sens d’une plus grande créativité et d’une esthétique plus aboutie.
La vitrine (la une) met en ouverture en général un seul grand titre. C’est une excellente présentation de la vitrine qui offre au regard du lecteur un élément qui le décide à acheter la Tribune Ivoire : c’est l’œil qui agit sur le cerveau, lequel cerveau détermine le double acte le plus important pour un éditeur de presse : l’achat d’abord et ensuite la lecture. Mais, cette belle vitrine est parfois saturée par de trop nombreuses co-unes, souvent colorées.
C’est une démarche commerciale qui explique la super saturation des unes des journaux ivoiriens. Je suggère que le titre d’ouverture prenne toute la place qui lui revient, c’est-à-dire les quatre colonnes, voire les cinq (l’édition 246 du journal peut servir de base).
Les co-unes, dans ce cas, ne doivent pas occuper le bandeau ou le streamer qui sera alors réservé à la publicité, etc. Je souhaite avoir une séance de travail avec toute l’équipe de la rédaction pour travailler de A à Z sur le journal.
Qu’est-ce que nous devons améliorer ?
Du chemin a été parcouru. Il en reste pourtant encore un long bout. En particulier sur l’offre éditoriale. Elle doit être davantage enrichie et diversifiée. Bien évidemment, en lisant sur les lignes et entre les lignes l’offre éditoriale, on devine aisément la ligne éditoriale de La Tribune Ivoire.
Sa proximité avec le parti au pouvoir est assumée. Hélas, la gestion de cette proximité (pour ne pas dire plus) a tué -au sens propre- de nombreux journaux et mis dans le coma financier (commercial) la grande majorité des survivants.
Des journaux ivoiriens ont réduit leur proximité avec des tenants du pouvoir (surtout depuis le fameux printemps de la presse à compter des années 90) à une offre éditoriale militante et partisane : on exclut la parole des autres leaders politiques et on exclut aussi leurs militants.
Les journaux partisans sont transformés en journaux d’opinion qui abolissent l’information générale et ne visent qu’un public cible : les militants des partis politiques dont on se réclame proche. La Tribune Ivoire peut éviter cet écueil mortel. Sujet que nous approfondirons au cours de la séance de travail que nous avons suggérée.
Davantage diversifier et enrichir l’offre éditoriale, c’est aussi et, surtout, sortir du piège du tout politique. En société, économie, santé, culture, en football, tourisme … il y a des milliers de sujets importants qui rassemblent tout le pays. Les traiter avec responsabilité et professionnalisme crédibilise les professionnels des médias et les médias pour lesquels ils travaillent.
Petit rappel historique : Ivoir’Soir doit son immense succès à une démarche éditoriale fondée sur « Tout sauf la politique ». Prévu pour ne tirer que 3000 exemplaires au bout de trois mois d’existence, ce premier quotidien ivoirien du soir tirait 30 000 exemplaires en seulement trois ou six mois.
Quel sujet ou type de contenu voulez-vous voir plus souvent ?
La Tribune Ivoire peut offrir son espace éditoriale à de grands débats sur des sujets majeurs. L’espace public national s’est considérablement appauvri relativement aux grands débats, qu’ils soient d’actualité ou pas. Pour ce faire, elle doit faire appel à de grandes plumes (journalistes, écrivains, penseurs, savants, experts, spécialistes, etc.).
Peut-être on me rétorquera que le journal manque de moyens. Ce n’est pas faux. Mais, que perdent ses responsables à essayer. Tout le monde ne monétise pas (au prix fort) son savoir et ses connaissances.
J. ABALO




