« Il n’y a pas de talent chez les jeunes qui sont à l’école de journalisme en Côte d’Ivoire ». Évaluation forte faite par l’un des papes de la communication : Fabrice Sawégon. Serge Bilé, l’un des meilleurs en tout, le relève sur sa belle page WhatsApp et commente : « C’est un drame pour le pays car l’information s’appauvrit et la démocratie s’affaiblit. » Deux diagnostics d’une grande pertinence. Deux axes de réflexion.
D’abord, le talent. Nous l’entendons au sens d’aptitudes. La tentation est alors forte de faire appel à Loïc Hervouet, ancien directeur de l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille : « Oui, le journalisme requiert des aptitudes, du savoir-faire. La capacité de transmettre un message à un public, de l’y intéresser.
Il exige surtout du travail, car faute d’un contenu réel, solide, nouveau, avéré, vérifié et digéré, dans l’information qu’il transmet au public, le journaliste n’est qu’un moulin à phrases, à paroles ou à images, n’est qu’un transmetteur éphémère d’une superficialité momentanément divertissante au sens pascalien du terme. C’est-à-dire perverse. »
Nuançons donc le coup de colère ou de gueule de Fabrice Sawégnon : les jeunes qui sont à l’école de journalisme en Côte d’Ivoire ont du talent. Pas tous, c’est sûr. Et encore plus sûr : les jeunes journalistes talentueux, c’est une toute petite minorité. Très petite minorité. Redondance répétée et assumée pour insister sur l’extrême rareté de cette race de jeunes professionnels des médias.
Mais, à décharge pour elle la pollution sonore des médiocres, des sans-une-once-de-talent qui, portés par leur engagement militant politique fanatique, éteignent leur lumière et rendent leurs voix inaudibles. Ce qui explique en partie, en très grande partie, la descente aux enfers des journaux qui ne se vendent plus.
Ensuite, le lien entre information et démocratie. Serge Bilé en donne la meilleure illustration. L’information affaiblie, c’est l’information partisane, non professionnelle, la propagande des officines politiques drapée dans le manteau de l’information. Contre-pouvoir ou quatrième pouvoir, elle est ainsi instrumentalisée et rabaissée au rang d’outil de manipulation et de désinformation.
Elle a et servi et sert encore les pires causes : les propagandistes du nazisme s’en sont servis et l’ont mise au cœur de leurs stratégies. Rappelons-nous Nuremberg. Les médias de la haine du Rwanda en ont fait une arme de destruction massive qui a préparé les esprits à l’organisation du génocide de huit-cent mille à un million cinq cent mille Tutsi et Hutu modérés.
Le journalisme anti-professionnel qui a participé de la crise ivoirienne et que nous comparons souvent, à raison, à la pratique des médias de la haine de l’Afrique centrale, n’a pas seulement affaibli la démocratie en construction dans notre pays. Il semble en avoir détruit les fondements. Durablement.
Zio Moussa




