La Tribune / Ce que j’en pense : Au royaume de l’impolitesse

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« Vieux père », « Le père », « Kôro », « vieille mère »…, le développement d’un pays devrait aussi pouvoir se mesurer par le niveau de langue de ses habitants. Si le fameux Indice de Développement Humain (IDH) l’intègre, la Côte d’Ivoire ne serait pas parmi les premiers. Elle pourrait même être classée encore plus bas qu’elle ne l’est aujourd’hui. Le dire, ce n’est pas occulter notre apport à l’enrichissement du français, langue administrative du pays.

Le « Nouchi » qui a souvent fait l’objet de colloques animés par des universitaires de renom est cité, à raison, en référence. Mais, célébrer la créativité langagière du peuple de Côte d’Ivoire ne vaut pas cautionner l’effondrement du civisme dont l’usage prospère de certains mots est l’expression achevée.


Être honoré du titre de « vieux » dans nos villages porte une grande charge affective et de respect profond, héritage encore vivant de l’éducation rurale, à l’ancienne. Mais, les nombreuses expressions dont « vieux père », « le père », « kôrô », « vieille mère », qui fleurissent particulièrement dans la bouche des jeunes urbains en sont l’exact opposé.

Elles sont le sillage, ou plus exactement le symptôme du règne, sans partage, de l’impolitesse. Qui a aboli dans la mentalité, l’esprit et la culture d’une partie non négligeable des citoyens d’ici toute trace d’éducation civique, de respect et de courtoisie.

On dit « vieux père », « le père », « vieille mère », « kôrô » parce que la mauvaise éducation ou même l’absence d’éducation prive de l’utilisation des titres honorifiques de Monsieur, Madame.

On en a perdu le sens et la portée. Ces expressions sont aussi le signe d’un ensauvagement, d’un recul presque irréversible des bonnes manières et surtout de la politesse dont Joseph Joubert dit, dans Pensées, qu’« elle est la fleur de l’humanité. Qui n’est pas assez poli, n’est pas assez humain. »


Les Ivoiriennes et les Ivoiriens sont connus pour leur sens de l’autodérision et de la dérision. Ils ont de l’esprit et savent faire de l’humour.

Mais, ils ont perdu en route ce qui fait leur humanité. Banal, peut-être, de le constater, mais suffisamment grave pour inquiéter. Un peuple qui n’est plus assez humain court le risque de sa perdition.

Zio Moussa

* In quotidien TRIBUNE IVOIRE du vendredi 18 septembre 2026

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