Un jour, les Coqs Bleus de Gaulle, fiers descendants de champions, croisèrent la route des Éléphants d’Éburnie, gardiens d’une terre où le soleil ne se couche jamais avant l’espérance. Pendant des années, les Coqs avaient chanté très fort. Très, très fort. Parfois même avant le lever du soleil. Le Grand Coq Tricolore, leur chef, passait ses journées perché sur une clôture dorée à rappeler à tous les animaux de la jungle africaine : « Nous sommes les maîtres de la balle ! »
Les poules applaudissaient. Les poussins applaudissaient. Même les vers de terre applaudissaient à bras raccourcis…
Puis arriva la confrontation amicale, sur le territoire des coqs, entre les coqs orgueilleux et les éléphants susceptibles…Le stade était plein à craquer. Des milliers d’animaux venus des quatre coins du monde avaient pris place. Les lions vendaient du arachides. Les girafes locales servaient de caméras panoramiques sans VAR (ça sentait déjà l’embrouille à des kilomètres). Les singes tenaient les commentaires en direct.
Au coup d’envoi, les Coqs attaquèrent comme des forcenés. Ils couraient partout. À droite. À gauche. En diagonale. En spirale. Un coq très zélé tenta même une attaque en marche arrière. Les Éléphants observaient. Calmes. Silencieux. À la 40ème minute, les Coqs ouvrirent le score. La basse-cour explosa de joie. Les plumes volèrent dans tous les sens. Le Grand Coq Tricolore parada. Il se mit même à écrire son discours de victoire avant la fin du match. L’histoire déteste ça…
Puis soudain…Un bruit sourd. BOUM ! Puis un autre. BOUM ! Puis encore un autre. BOUM ! Les tribunes tremblèrent. Les caméras vibrèrent. Même les taupes sentirent les secousses sous terre. Les Éléphants avançaient en rangs serrés. Inexorablement. Comme une montagne qui aurait décidé enfin de se déplacer. Le capitaine des Éléphants leva sa trompe et un immense barrissement traversa le stade. Les nuages eux-mêmes s’écartèrent pour mieux regarder.
Et soudain…GELADA l’élephant surnommé « La Reponse » sorti d’une combinaison collective et frappa au but ! L’égalisation ! 1 partout ! Les Coqs cessèrent de rire. Les poules cessèrent d’applaudir. Même les vers de terre rentrèrent sous terre.
Le match entra alors dans une autre dimension. Les Éléphants semblaient devenir plus puissants à chaque minute. Plus ils couraient, plus ils acceléraient. Incompréhensible pour les Coqs ! Le Grand Coq Tricolore commença à paniquer. Il consulta ses stratèges. Puis ses astrologues. Puis son cartomancier. Personne n’avait de solution. Personne ne comprenait…
À 10mn de la fin du temps réglementaire, survint l’action qui allait entrer dans la légende. Le ballon arriva dans les pieds des jeunes éléphants AMADA, dit « La Catastrophe », et GELADA, dit « La Réponse ». Il dribblèrent un coq. Puis deux. Puis trois. Le stade retenait son souffle. Le temps semblait suspendu. Même les moustiques arrêtèrent de bourdonner. « La Catastrophe » arriva devant les buts. Il arma sa frappe. Le Grand Coq ferma les yeux. Et…BOUM ! Le ballon fila dans la lucarne : 2-1.
Le stade explosa. Les tambours résonnèrent. Les drapeaux orange blanc vert virevoltèrent. Les animaux de la jungle africaine dansèrent au milieu des poules et des coqs médusés. Les lions dansèrent. Les girafes tentèrent de danser mais se donnèrent le vertige.
Quant aux Coqs…Ils regardèrent le tableau d’affichage. Puis le terrain. Puis le tableau. Puis encore le terrain. Le chef des coqs commenca à rédiger ses messages pour les médias kpakpatos, expliquant pourquoi un match amical ne compte pas vraiment.
Lorsque l’arbitre siffla la fin du match, un petit coq couvert de poussière leva timidement la tête sous une énorme patte d’éléphant. Il réussit à articuler : « C’est juste un match amical les gars… »
L’Éléphant retira sa patte puis répondit : « Certaines victoires sont amicales comme un orage peut etre est une petite pluie ». Le coq avala sa salive.
Quand le coq chante, le monde l’entend.
Quand l’éléphant marche, le monde s’écarte…Et ce soir-là, les Éléphants ne s’étaient pas contentés de marcher. Ils avaient écrit une nouvelle page de leur légende.
Par Jean-Yves ESSO
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