Recteur de l’Université Charles-Louis de Montesquieu, le philosophe ivoirien Urbain Amoa signe une tribune percutante. Pour lui, routes et usines ne suffiront pas. Avant l’économie, il faut refonder l’humain. Sa recette : reliance, vertu et révolution culturelle.
« Voir n’est pas suffisant pour être en harmonie avec soi-même et avec l’Autre ». La phrase claque. Elle est signée Urbain Amoa, recteur et philosophe. Dans Synergies Monde, il livre une analyse qui dérange : l’Afrique court après le développement, mais oublie de former des humains capables de le porter.
1. L’Autre, cet inconnu qui nous résiste
Pour Urbain Amoa, le premier échec vient de là. On croit connaître l’Autre parce qu’on le voit. Erreur. L’être humain est un triple réseau : un corps visible, un intérieur plein de contradictions, et un lien invisible aux ancêtres, au spirituel. Même la psychanalyse et la PNL butent devant cette densité. Résultat : on signe des contrats, on fait des bénédictions, mais on ne se comprend pas vraiment. D’où les conflits, les trahisons, la méfiance.
2. Reliance : l’arme secrète des sociétés africaines
S’inspirant d’Edgar Morin, Amoa exhume un concept clé : la « reliance ». Se relier sans se dissoudre. Et il prend l’Afrique à témoin : alliances interethniques, parentés à plaisanterie, droit d’aînesse, mariage comme pacte entre communautés. Ce ne sont pas des archaïsmes. Ce sont des technologies de paix. Le message est clair : la souveraineté ne se fera pas « contre le monde », mais « avec le monde, selon nos règles ».
3. Ethique + Esthétique = la vraie équation du travail
L’auteur démonte le mythe du « travail pour le travail ». Sa formule : Travail = Ethique + Esthétique + Vertu. Une institution laide et immorale s’écroule, même avec des milliards. Une œuvre d’art, dit Hegel, « reste ce qu’elle était avant ». Traduction d’Amoa : chaque peuple doit redevenir ce qu’il était avant la colonisation mentale : fier, solidaire, créatif. D’où son appel à « travailler à bien penser », selon Pascal.
4. La révolution culturelle, préalable oublié
Conclusion sans détour : pas de développement durable sans révolution culturelle. Amoa propose du concret : Chambre des Rois et Chefs d’Afrique pour la médiation, recherche sur le « bossonnisme » de Jean-Marie Adiaffi, projets communautaires village-village. Et surtout, réhabiliter 2 principes fondateurs : solidarité et vie communautaire »Rêvons ensemble », lance-t-il. Pas d’illusions. Mais d’un champ de flamboyants en fleurs. Tant que l’école, la famille et la cité ne produiront pas des « êtres-bien », les plans quinquennaux resteront des vœux pieux.
Joel Abalo




