RELIGION – KANGA-NIANZÉ : LES ÉVÊQUES IVOIRIENS À L’ÉCOLE DE LA MÉMOIRE DE L’ESCLAVAGE

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Samedi 30 mai 2026, les évêques catholiques de Côte d’Ivoire ont effectué une visite sur le site mémoriel d’Amoa-City, à Kanga-Nianzé, dans la région de Ndouci Objectif de cette sortie culturelle : s’imprégner de l’histoire des pistes coloniales de la traite négrière et des valeurs endogènes africaines de solidarité. Accueillis sur les lieux, les prélats ont suivi une conférence du professeur Amoa Urbain, titulaire de la Chaire virtuelle de la Diplomatie Coutumière Africaine. Dans son discours « Sur les pistes coloniales de la traite négrière en Afrique », l’universitaire a précisé la spécificité de Kanga-Nianzé. Contrairement à Grand-Lahou, Gorée au Sénégal ou Ouidah au Bénin, le site n’est pas une « dernière porte du non-retour ». Pour le professeur, il a servi de « centre de collecte et d’hygiène corporelle » pour les captifs avant leur déportation vers les côtes. Il a souligné que la rivière Bodo, autrefois sacrée pour les populations locales, aurait été profanée par ces pratiques de déshumanisation liées au commerce triangulaire. Sa particularité réside dans sa fonction de point d’aboutissement en terre africaine pour des convois venus du Nord, du Centre et du Sud de la Côte d’Ivoire. Le site abrite également des sculptures symbolisant les souffrances endurées par les personnes mises en esclavage. Le point fort de la conférence a porté sur la terminologie. Le professeur Amoa Urbain a plaidé pour l’abandon de l’expression « Route des esclaves », qu’il juge « avilissante » car elle désigne l’être humain par sa condition subie. « Faut-il faire d’une étape d’un parcours l’activité elle-même ? », a-t-il interrogé les évêques. Il a proposé de privilégier « La Route de l’Esclavage », terme qui nomme le phénomène plutôt que la victime. Pour étayer son propos, il a cité Aimé Césaire : « Je demande beaucoup aux hommes mais pas assez aux Nègres », extrait de « La Tragédie du Roi Christophe ». Pour illustrer la résilience des sociétés africaines face à la traite, le conférencier a mobilisé le patrimoine oral. Il a cité une pensée philosophique du peuple Mossé : « Qui dort sur la natte de son voisin, dort par terre ». Il a aussi récité un extrait du poète burkinabè Titinga Pacéré : « Si tu dis la vérité, je te tue ! Si tu ne dis pas la vérité, je te tue ! Autant dire la vérité. Et avoir au moins en mourant la satisfaction d’avoir pu laisser une vérité à la terre ». Un poème de David Diop, « Coups de pilon », a également été lu : « Afrique, mon Afrique… Le travail de l’esclave, L’esclavage de tes enfants… ». Cette visite intervient quelques semaines après le voyage apostolique du Pape Léon XIV en Afrique, du 13 au 23 avril 2026. Le Souverain Pontife avait alors déclaré que « l’Afrique est appelée à apporter une contribution décisive à la sainteté et au caractère missionnaire du peuple chrétien ». En conclusion, le professeur a lié ce devoir de mémoire à un projet contemporain : la Diplomatie Coutumière Africaine. Il a évoqué l’idée d’une « Fédération des États d’Afrique » pour la réconciliation et la protection des valeurs ancestrales, spirituelles et matérielles du continent.

J. Abalo avec Sercom

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