Depuis le limogeage d’Ousmane Sonko le 22 mai 2026, le Sénégal fonce droit vers un blocage politique. Le duo qui avait porté PASTEF au pouvoir en 2024 s’est fracturé, plongeant le pays dans l’incertitude.
Une rupture née des promesses non tenues et d’une lutte d’influence
La rupture publique date de mai 2026, mais le désaccord couvait depuis fin 2025. Le point de friction principal reste les “fonds politiques”, ces caisses secrètes de l’État qui échappent à tout contrôle. Ousmane Sonko reproche à Bassirou Diomaye Faye de ne pas s’y attaquer, alors que c’était une promesse centrale de la rupture.
À cela s’ajoute une bataille d’influence. En novembre 2025, Diomaye réactive la coalition “Diomaye” et installe Aminata Touré à sa tête contre l’avis de Sonko. Le 2 mai 2026, le président déclare en interview être prêt à se séparer de son Premier ministre et dénonce une “personnification excessive” du projet PASTEF, allant jusqu’à affirmer que “le Sénégal n’a pas besoin d’un messie”. Une attaque lue comme visant directement Sonko, figure adulée des militants.
Au fond, deux visions du pouvoir s’affrontent : Sonko, leader incarné et tribun, veut garder la main sur l’orientation politique. Diomaye, stratège discret devenu président, veut gouverner sans cohabitation, avec un exécutif discipliné.
Mai 2026 : le blocage institutionnel s’installe
Le 22 mai, Diomaye signe le décret 2026-1128. Il limoge Sonko et dissout le gouvernement. Quatre jours plus tard, le 26 mai, Sonko est élu président de l’Assemblée nationale avec 132 voix sur 133.
Avec 130 députés sur 165, PASTEF contrôle le Parlement et transforme l’Assemblée en contre-pouvoir. Résultat : blocage institutionnel. Pas de gouvernement fonctionnel, pas de budget, pas de lois. Le slogan “Diomaye mooy Sonko” qui avait porté la victoire de 2024 appartient au passé.
Deux sorties de crise, trois scénarios possibles
Côté Diomaye Faye / Présidence :
L’option choisie est de former un nouveau gouvernement sans Sonko et de reprendre la main sur l’exécutif. Le président s’appuie sur la coalition “Diomaye” réactivée, avec Aminata Touré, pour proposer une nouvelle équipe. Objectif affiché : débloquer l’action gouvernementale et montrer que le président gouverne. Limite : sans majorité à l’Assemblée, tout gouvernement risque d’être censuré immédiatement.
Côté Ousmane Sonko / PASTEF parlementaire :
La stratégie est d’utiliser la majorité parlementaire pour imposer un rapport de force. Sonko transforme l’Assemblée en contre-pouvoir et bloque tout gouvernement non validé par lui. Objectif affiché : garder le contrôle du projet PASTEF et forcer l’application des promesses de rupture. Limite : le pays entre dans un “scénario du vide”, où les réformes sont bloquées et la responsabilité de la paralysie retombe aussi sur PASTEF.
Trois scénarios se dessinent :
1. L’accord : négociation entre les deux hommes et formation d’un gouvernement de compromis. Les deux cèdent un peu.
2. La cohabitation conflictuelle : Diomaye nomme un PM, Sonko le censure en boucle. Blocage durable. C’est le scénario en cours depuis fin mai 2026.
3. La dissolution : Diomaye dissout l’Assemblée pour tenter de reprendre une majorité. Le peuple tranche.
Pourquoi ça compte pour les Sénégalais
Tant que le blocage dure, les réformes sur la reddition des comptes, la gouvernance et l’économie sont en pause. Les investisseurs et bailleurs mettent leurs projets en attente. Les élections locales prévues fin 2026-2027 risquent d’être préparées dans la confusion.
Au-delà du bras de fer personnel, c’est la capacité du Sénégal à tenir ses promesses de rupture qui est en jeu. La seule issue favorable reste un arbitrage rapide, par accord ou par retour aux urnes. Sinon, la victoire politique se fera à crédit, et c’est le citoyen qui paiera la facture.
Yao Bathè




