DÉCLARATION : Effondrement d’un immeuble à Koumassi

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Edmond Clégbaza : « L’Etat doit frapper fort »

Encore des morts. Encore des familles brisées. Encore des vies ensevelies sous le béton de l’irresponsabilité collective.
L’effondrement de l’immeuble en construction de cinq étages à Koumassi, au quartier Zoé Bruno dit “Soweto”, n’est pas une fatalité. Ce n’est pas un simple accident.
C’est le résultat d’un système où le désordre urbain, la corruption, le laisser-aller et l’absence de rigueur ont fini par devenir des normes.
Pendant que les populations dormaient, bercées par la pluie, un immeuble déjà habité malgré son état de chantier s’est transformé en tombeau. Et malheureusement, tout indique que le bilan humain sera lourd. Très lourd.
Depuis des années, nous regardons pousser des immeubles comme des champignons après la pluie, sans contrôle sérieux, sans discipline, sans respect des règles élémentaires de construction.
Dans certains quartiers, les schémas directeurs sont foulés au pied avec une arrogance déconcertante. Là où trois étages sont autorisés, on en construit cinq ou six.
Sur des terrains marécageux à peine remblayés, on érige des bâtiments gigantesques sans fondations solides, comme si la gravité elle-même avait été supprimée par décret.
Et après chaque drame, on pleure, on s’indigne quelques jours, puis on recommence exactement les mêmes erreurs.
La vérité est dure, mais il faut avoir le courage de la dire : notre urbanisation ressemble trop souvent à une jungle où chacun construit comme il veut, où il veut et parfois avec la bénédiction silencieuse de ceux qui sont censés contrôler.
L’État doit frapper fort. Très fort.
Il faut mettre fin à la culture de la complaisance.
Les mairies ne peuvent pas continuer à faire semblant de découvrir des immeubles illégaux une fois qu’ils s’écroulent. Elles voient tout. Elles savent tout. Elles suivent chaque chantier au quotidien.
Quant au ministère de la Construction, il doit demeurer le véritable gendarme du secteur, sans faiblesse, sans arrangement et sans pression.
Nous soutenons toutes les opérations d’assainissement urbain et de déguerpissement menées pour restaurer l’ordre dans le District d’Abidjan.
Oui, ces décisions peuvent être douloureuses. Oui, elles provoquent des cris, des polémiques et des torrents d’émotions sur les réseaux sociaux.
Mais entre la popularité et la protection des vies humaines, un État responsable doit choisir la protection des vies humaines.
Car gouverner, ce n’est pas flatter les émotions. Gouverner, c’est prévenir les catastrophes avant qu’elles n’arrivent.
Ce drame de Zoé Bruno donne malheureusement raison à tous ceux qui alertent depuis des années sur l’anarchie dans le secteur immobilier ivoirien.
Nous lançons donc un appel solennel :
au respect strict des normes de construction ;
à l’application rigoureuse des plans d’urbanisation ;
à la responsabilisation des collectivités locales ;
à des sanctions exemplaires contre les promoteurs véreux ;
et à une vaste opération nationale de contrôle des bâtiments à risque.
La Côte d’Ivoire moderne ne peut pas se construire sur des fondations de négligence et de désordre.
Chaque immeuble qui s’écroule emporte avec lui des vies, mais aussi un peu de la crédibilité de notre système de contrôle urbain.
Il est temps d’agir. Avant que les prochaines pluies ne viennent encore compter nos morts.

Edmond Clégbaza
Président de l’ONG Chaîne d’Espoir

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