Voici les camps qui s’affrontent pour succéder Gbagbo
A l’approche du congrès du PPA-CI, prévu à partir du 15 mai 2026 et couplé à la Fête de la liberté, une tension sourde mais palpable traverse les rangs du parti.
L’heure n’est plus aux ajustements discrets ni aux conciliabules feutrés : c’est désormais un véritable bras de fer politique qui se dessine, structuré autour de deux figures aux trajectoires et aux stratégies distinctes — Hubert Oulaye et Stéphane Kipré. Depuis plusieurs mois, la question de l’après-Laurent Gbagbo s’impose comme une ligne de fracture majeure au sein du parti.
Celui qui incarne encore, pour beaucoup, la matrice idéologique et affective de la gauche radicale ivoirienne avait pourtant annoncé, dans une interview accordée en octobre 2025, son intention de se retirer de la présidence du parti à l’issue des législatives. Une déclaration forte, presque solennelle, assortie d’une précision lourde de sens : il ne s’agirait pas d’une retraite, mais d’un retrait des fonctions politiques actives.
Mais en politique, les certitudes sont souvent provisoires. Dès janvier, le Comité central du parti est intervenu pour infléchir cette trajectoire annoncée, appelant Laurent Gbagbo à reconsidérer sa décision. Une requête à laquelle il aurait consenti, introduisant de facto une zone d’incertitude supplémentaire dans un contexte déjà chargé.
Cette hésitation stratégique ne fait qu’amplifier les manœuvres en coulisses et renforcer la détermination des différents camps à se positionner. Car sur le terrain, les lignes ont bougé. Longtemps perçu comme solidement installé dans l’appareil du parti, le camp de Stéphane Kipré a subi un revers notable. Sa participation aux élections législatives, en contradiction avec la ligne du parti, lui a valu une radiation qui, sans l’anéantir politiquement, a significativement entamé son influence institutionnelle.
La perte de leviers stratégiques, notamment au sein de la Jeunesse et de la Ligue des Femmes, illustre ce recul dans la mécanique interne du PPA-CI. Pour autant, réduire Stéphane Kipré à un acteur marginal serait une erreur d’analyse. Fort de son statut de député de Gboguhé-Zaïbo, il conserve une légitimité électorale non négligeable. Sa posture de contestataire, notamment face au Comité de discipline, lui permet de capter une frange militante sensible à un discours de rupture avec ce qu’il perçoit comme une rigidité excessive de la direction. Son pari est clair : transformer une mise à l’écart institutionnelle en capital politique alternatif. Face à lui, la montée en puissance de Hubert Oulaye apparaît méthodique, presque implacable. S’appuyant sur une forte implantation dans le Grand Ouest ivoirien, il a su agréger autour de lui un bloc de personnalités influentes : Koné Katinan, figure stratégique jouant aujourd’hui un rôle d’équilibriste ; Damana Pickass ; ainsi que plusieurs cadres locaux de poids. Cette coalition, à la fois régionale et militante, confère à Oulaye une assise solide dans la bataille interne.
Ce qui se joue ici dépasse largement une simple compétition de leadership. Il s’agit d’un moment charnière pour le PPA-CI : une redéfinition de son identité, de ses modes de gouvernance et de sa stratégie politique dans un paysage ivoirien en recomposition. Entre une ligne plus institutionnelle et une posture plus contestataire, entre fidélité à l’héritage de Laurent Gbagbo et volonté d’émancipation, le parti est à la croisée des chemins.
À mesure que le congrès approche, les positions se cristallisent, les alliances se verrouillent, et les discours se radicalisent. Le PPA-CI retient son souffle, suspendu à l’issue d’un duel dont dépendra non seulement la direction du parti, mais aussi sa capacité à se projeter dans l’avenir. Dans cette arène politique en pleine ébullition, une certitude demeure : l’après-Gbagbo, qu’il soit immédiat ou différé, ne sera ni simple, ni consensuel. Il sera disputé, âprement négocié, et sans doute décisif pour l’avenir de la gauche ivoirienne.
Zié Koffi




