En marge des réunions de printemps des institutions de Bretton Woods, tenues à Washington, le ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa Coulibaly, invité au siège de la Banque mondiale le jeudi 16 avril 2026, a appelé à la mise en place d’une traçabilité mondiale renforcée afin d’assainir les chaînes d’approvisionnement de l’or.
Organisée sous l’égide du Extractives Global Programmatic Support, cette rencontre a réuni des représentants du G7, des pays producteurs et consommateurs d’or, ainsi que des acteurs du secteur privé et du World Gold Council. Les échanges ont porté sur la progression des flux illicites d’or, dans un contexte de prix historiquement élevés et d’expansion rapide de l’exploitation minière artisanale dans plus de 80 pays. Le ministre a dressé un diagnostic sans équivoque, estimant que, dans un marché profondément mondialisé, aucune stratégie strictement nationale ne peut suffire à endiguer le phénomène.
Les circuits d’écoulement de l’or artisanal, reliant l’Afrique de l’Ouest aux grandes places d’achat situées notamment aux Émirats arabes unis, en Suisse et en Inde, exigent selon lui une réponse coordonnée entre pays producteurs, de transit et de consommation. « Les efforts engagés à l’échelle nationale, voire régionale, ne suffiront pas à contenir un phénomène aussi tentaculaire si des réponses fortes et coordonnées ne sont pas mises en œuvre au niveau mondial », a-t-il souligné. Dans cette perspective, Mamadou Sangafowa Coulibaly plaide pour une traçabilité renforcée de la production aurifère mondiale, afin d’empêcher l’intégration de l’or issu de circuits illégaux dans les chaînes formelles. Il a également mis en garde contre les effets de ces pratiques sur les communautés locales : « Il faut éviter que l’or illégal continue d’alimenter la vulnérabilité de nos populations », a-t-il insisté, appelant à s’inspirer du Processus de Kimberley pour instaurer un mécanisme global de certification. Face à ses homologues et aux investisseurs, le ministre a mis en exergue l’approche structurée de la Côte d’Ivoire face à l’expansion de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle (EMAPE), devenue un enjeu majeur de gouvernance mondiale. Il a souligné la volonté du pays de transformer ce secteur en un levier de développement économique et social. Cette vision s’inscrit dans l’ambition de la Côte d’Ivoire de s’imposer comme un acteur de référence dans la gouvernance minière en Afrique, avec l’objectif de devenir un des principaux producteurs d’or à l’horizon 2030.
Le ministre a rappelé que près de 435 tonnes d’or échappent chaque année aux circuits formels en Afrique, entraînant des pertes fiscales importantes et alimentant des flux financiers illicites. En Côte d’Ivoire, ce phénomène représente environ 142 tonnes d’or sorties des circuits officiels, pour un manque à gagner estimé à 4 600 milliards de francs CFA. À cet effet, il a présenté une stratégie nationale articulée autour de trois axes : encadrer, réprimer et formaliser. Plus de 7 000 sites illégaux ont déjà été démantelés, tandis que des réformes sont en cours à travers la mise en œuvre du Code minier et le Programme national de rationalisation de l’orpaillage.
Zié Koffi
