Lorsque le président Félix Houphouët-Boigny décida de réintroduire le multipartisme en Côte d’Ivoire en 1990, les partisans de Laurent Gbagbo bombèrent le torse en affirmant que c’était le fruit du combat de leur idole. Ils l’appelèrent même « père de la démocratie » et pendant longtemps, les militants du Front populaire ivoirien (FPI) se baptisèrent les « démocrates. » Il y a quelque temps j’ai écouté une vieille vidéo de Laurent Gbagbo qui s’adressait à des étudiants.
Il avait alors cité une phrase de Ciceron, un penseur romain qui disait « il faut que les armes le cèdent à la toge », ce qui signifiait que le pouvoir militaire devait être soumis au pouvoir civil.
Et il expliqua que « c’est parce que pendant longtemps les Africains n’ont pas compris le sens de cette phrase de Ciceron que tout militaire se lève un matin et se proclame président de la république. » Laurent Gbagbo a totalement raison, sauf qu’il avait oublié d’ajouter que lorsqu’un pouvoir civil perd des élections, il doit en respecter les résultats et ne pas chercher à utiliser les militaires pour se maintenir au pouvoir.
Ces dernières années, on a vu des militaires s’emparer des pouvoirs au Mali, au Burkina Faso, au Niger, au Gabon, en Guinée, en Guinée Bissau. Cela a fait dire à certains que la démocratie a échoué en Afrique. Et il y a quelques jours, le chef de la junte burkinabé a affirmé que la démocratie n’est pas bonne pour l’Afrique. Parce qu’elle tue.
La démocratie pas bonne pour l’Afrique ? Vraiment ? Cela me rappelle les propos d’un certain Jacques Chirac qui disait que la démocratie était un luxe pour l’Afrique.
Que dit Laurent Gbagbo, le « père de la démocratie ivoirienne ? » Que disent ses suiveurs ? Il n’y a pas longtemps, ils avaient été embrasser le bouillant capitaine qui n’avait pourtant pas compris le sens de la phrase de Ciceron et s’était levé un matin pour se proclamer président de la république. Sont-ils toujours d’accord avec lui ? Quel régime serait alors bon pour l’Afrique si la démocratie ne lui convient pas ? La dictature ? N’est-ce pas mépriser les Africains que de dire cela ? A-t-on oublié ce que des dictatures telles que celles des Idi Amin Dada, Bokassa, Macias Nguema, Hissène Habré, Sékou Touré, Moussa Dadis Camara et autres ont coûté à l’Afrique ? Ne voit-on pas la situation des pays démocratiques sur notre continent qui s’en sortent nettement mieux que tous les autres ?
N’en déplaise au dictateur de Ouagadougou et à ses admirateurs du PPA-CI, la démocratie convient très bien à l’Afrique où elle est pratiquée depuis très longtemps, et elle marche bien lorsqu’on veut qu’elle marche bien. Le capitaine IB dit, pour justifier son refus de la démocratie, qu’elle tue. Et il a cité l’exemple de la Libye. En Libye, ce sont certes des pays démocratiques qui sont venus tuer le leader libyen et une partie de son peuple.
Ce n’est cependant pas la démocratie qui a tué. Désolé, mais c’est la dictature, comme celle que le capitaine IB a instaurée au Burkina Faso qui tue, fait disparaître, et emprisonne arbitrairement tous ceux qui ne se couchent pas à ses pieds.
On le sait depuis longtemps, que la meilleure façon d’essayer de légitimer une dictature est de diaboliser la démocratie.
Le capitaine IB n’a donc pas besoin de se justifier. Ses pairs putschistes et lui ont juste renversé des régimes démocratiquement élus et ont décidé de conserver le pouvoir. Certains « blanchissent » leur coup d’Etat en se faisant élire dans des élections qu’ils présentent comme démocratiques, mais ceux de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) ont choisi de ne pas faire semblant. Ils ont décidé de confisquer le pouvoir et point final. Leur départ de la CEDEAO vient uniquement du fait que l’organisation régionale les avait sanctionnés comme il est de coutume après un coup d’Etat.
Et la dictature est le meilleur moyen de ne rendre des comptes à personne, surtout pas à son propre peuple. D’ailleurs dans ces pays, quiconque ose s’interroger ou émettre des doutes sur la façon dont le pays est dirigé est susceptible de disparaître ou de se retrouver en prison pour les plus chanceux. Et on n’hésite pas à user jusqu’à la corde la vieille ficelle de l’ennemi extérieur pour justifier ses échecs dans la lutte contre le terrorisme que l’on avait brandie pour prendre le pouvoir.
Concluons en affirmant haut et fort que la démocratie est bonne pour l’Afrique. Sauf pour les dictateurs aux petits pieds.
Par Venance Konan




