Le chocolat est une denrée très recherchée dans le monde et à fort potentiel, on vous propose de découvrir une chocolaterie “made in Guyane”, et les enjeux de cette filière, avec la fondatrice de Theobroma Cacao Guyane.
En Guyane, la filière cacao connaît un renouveau encore fragile, portée par des pionniers comme Drupa Angénieux et Olivier Dummet, qui misent sur un cacao amazonien d’exception, de la fève à la tablette, ( “Bean To Bar”).
Une filière en construction
Selon la présidente de l’association Bwakako, la filière cacao guyanaise se trouve au début de sa structuration, avec quelques planteurs et transformateurs engagés, accompagnés par le CIRAD, l’IFIVEG et la Collectivité Territoriale de Guyane. La création fin 2025 de l’association Bwakako, qui fédère producteurs et transformateurs, marque une étape clé pour organiser ce secteur encore dispersé.
« Le premier défi se situe à la base. Il faut développer des itinéraires techniques adaptés aux réalités amazoniennes de la Guyane, notamment en systèmes agroforestiers. L’enjeu majeur reste néanmoins la maîtrise de la fermentation et du séchage, condition sine qua non, pour accéder à un cacao de qualité susceptible de rivaliser sur les marchés spécialisés. »
Drupa Angénieux, de la santé…jusqu’aux saveurs chocolatées
Née au Guyana et installée en Guyane depuis l’enfance, Drupa Angénieux a d’abord exercé comme infirmière puis enseignante à Saint‑Laurent‑du‑Maroni, avant de se tourner vers l’agriculture.
Passionnée depuis longtemps par les arbres fruitiers des plateaux des Guyanes, elle développe sa propre pépinière et se forme en autodidacte. En 2012, une formation agricole à la MFR de Mana l’oriente vers une ancienne cacaoyère, ce qui jouera un rôle déterminant dans la suite de son parcours.
En découvrant l’histoire de ces plantations oubliées, elle mesure la valeur patrimoniale du cacao, dont le savoir‑faire de transformation est présent chez les communautés amérindiennes, créoles et bushinengue.
Elle se lance alors pendant un an dans des expérimentations (fermentation, séchage, etc. jusqu’à la tablette) complétées par des échanges avec Olivier Dumett, pionnier du cacao local à Régina. Drupa Angénieux, part également se former dans un centre de recherche à Trinidad.
Théobroma Cacao Guyane, de l’arbre à la tablette
En 2014, Drupa Angénieux crée Théobroma Cacao Guyane, une petite chocolaterie installée à Saint‑Laurent‑du‑Maroni. Une entreprise repérée par des experts au Salon du chocolat de Paris, de 2025, où elle a représenté le “cacao de Guyane.La structure s’appuie sur environ 4 hectares de cacaoyers en agroforesterie, dans un modèle biologique qui associe production, transformation et accueil du public. Faute de volumes suffisants en cacao local, la chocolatière complète encore sa matière première avec des fèves de cacao importées, tout en visant à terme un cacao 100% guyanais.
« des saveurs amazoniennes chocolatées »
Côté créations, Théobroma mise sur des recettes identitaires, comme une tablette phare à l’awara, et travaille déjà sur de nouvelles associations aromatiques.
Un cacao amazonien aux atouts singuliers
Pour concevoir ses plantations, Drupa Angénieux s’est inspirée de la cacaoyère de Mana, observant pendant plusieurs années la productivité des arbres et leur implantation sous ombrage. En Guyane, le cacao est principalement composé de sous‑variétés de Forasteros, dont l’Amelonado, et de la variété Guiana identifiée et étudiée par le CIRAD, qui présente un potentiel de cacao fin haut de gamme.
Entrepreneuriat, transmission et perspectives
Sans expérience préalable de l’entrepreneuriat, la fondatrice de Théobroma a dû apprendre, en s’appuyant notamment sur l’accompagnement de l’association « Les Premières de Guyane », qui soutient les femmes entrepreneuses.
À Saint‑Laurent‑du‑Maroni, son expérience d’infirmière et d’enseignante lui permet d’avoir une approche du cacao où se mêlent culture, soin et transmission, à travers des ateliers scolaires, l’accueil de stagiaires et les visites de la plantation.
Présidente de l’association Bwakako, Drupa Angénieux plaide pour une filière de niche, structurée collectivement, soutenue par les institutions et ouverte au tourisme autour du cacao, afin de redonner à ce patrimoine local la place qu’il mérite.
Source franceinfo
