La Côte d’Ivoire a présenté, mercredi 2 septembre 2026 à Kigali, les résultats de son Programme de production alimentaire d’urgence (2PAU-CI), lors d’un panel de haut niveau organisé en marge du Forum africain des systèmes alimentaires (AFSF) 2026. Le ministre délégué chargé des Productions vivrières, Bernard Kini Comoé, a plaidé pour le passage d’une logique de réponse aux crises à une transformation structurelle et durable des systèmes alimentaires.
La Côte d’Ivoire entend tirer les enseignements des crises récentes pour bâtir un système alimentaire plus résilient. C’est le message porté par Bernard Kini Comoé, ministre délégué chargé des Productions vivrières, à l’occasion du Forum africain des systèmes alimentaires 2026, qui se tient à Kigali, au Rwanda du 1er au 4 septembre 2026.
Invité par le Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), le ministre ivoirien est intervenu lors d’un panel de haut niveau consacré au thème : « De la réponse d’urgence à des systèmes alimentaires résilients : déployer à l’échelle les technologies, les partenariats et les investissements pour l’avenir de l’Afrique ».
Le 2PAU-CI
Dans son intervention Bernard Kini Comoé a rappelé que la Côte d’Ivoire, à l’instar de nombreux pays africains, a été confrontée aux conséquences de la pandémie de Covid-19, puis aux perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales et à la flambée des prix des intrants agricoles, notamment à la suite de la guerre en Ukraine. Ces chocs ont mis en évidence la vulnérabilité des systèmes alimentaires africains et la dépendance de plusieurs pays aux importations de produits de première nécessité, notamment le riz, le maïs et le manioc.
Pour y répondre, le gouvernement ivoirien, avec l’appui de la Banque africaine de développement et de la JICA, a mis en œuvre le Programme de production alimentaire d’urgence en Côte d’Ivoire (2PAU-CI). D’un coût global de près de 170 milliards de francs CFA, dont environ 99 milliards apportés par la BAD et 71 milliards par la JICA, le programme a été exécuté de décembre 2022 à décembre 2025. Avec plus de 580 000 producteurs bénéficiaires. Les résultats présentés à Kigali témoignent de l’ampleur de cette intervention.
Le programme a notamment permis la distribution de 54 500 tonnes de NPK, 33 000 tonnes d’urée, 3 100 tonnes de semences certifiées de riz et 1 940 tonnes de semences de maïs. Ces intrants ont contribué à la mise en valeur de plus de 183 900 hectares de riz, 399 000 hectares de maïs et 69 000 hectares de manioc, au profit de plus de 580 000 producteurs, dont environ un tiers de femmes.
Selon les données présentées par le ministre, cette intervention a généré une production additionnelle de plus de 750 000 tonnes de riz, 1,60 million de tonnes de maïs et près de 1,75 million de tonnes de manioc. Le programme a également soutenu la mécanisation agricole avec l’acquisition d’une centaine de tracteurs, d’une dizaine de mini-moissonneuses-batteuses et de plus de 60 motoculteurs, ainsi que divers équipements de post-récolte.
Pour le ministre, l’expérience ivoirienne repose sur plusieurs leviers déterminants. Le premier est l’accès aux semences de qualité, qui a permis d’accélérer la production de riz, de maïs et de manioc.
Le deuxième concerne le renforcement du conseil agricole, notamment à travers l’accompagnement technique assuré par l’Agence nationale d’appui au développement rural (ANADER). La digitalisation a également joué un rôle important. Les outils CropScope et E-Voucher ont notamment contribué à améliorer la traçabilité de la distribution des intrants, le ciblage des bénéficiaires et la transparence dans la gestion du programme.
Enfin, la mécanisation agricole a permis de réduire les contraintes liées au travail du sol et aux opérations de récolte, favorisant ainsi l’extension des superficies cultivées. « Il ne suffit pas de produire »Si les résultats du 2PAU-CI sont jugés encourageants, Bernard Kini Comoé a toutefois identifié un défi majeur : la mise en marché de la production.« Il ne suffit pas de produire : il faut vendre, transformer et écouler la production dans de bonnes conditions », a-t-il souligné en substance devant les participants au forum.
Pour la Côte d’Ivoire, l’enjeu de la prochaine étape sera donc de mieux connecter producteurs, acheteurs, transformateurs et institutions financières. La digitalisation apparaît, à cet égard, comme un outil essentiel pour fluidifier les chaînes de valeur, réduire les pertes post-récolte et contribuer à stabiliser les revenus des producteurs.
Vers une deuxième phase plus structurelleLe gouvernement ivoirien souhaite désormais capitaliser sur les acquis du 2PAU-CI à travers une deuxième phase, avec l’ambition de passer progressivement d’une logique d’urgence à une transformation structurelle et durable des systèmes alimentaires.
Cette nouvelle approche devrait mettre l’accent non seulement sur l’augmentation de la productivité et de la production, mais également sur la transformation des produits, l’accès aux marchés, la modernisation des filières et la digitalisation des services agricoles. Le renforcement de la gouvernance, de la réglementation et des capacités institutionnelles constitue également un axe important.
La Côte d’Ivoire entend par ailleurs mettre en place une infrastructure numérique intégrée destinée à améliorer la traçabilité, la disponibilité des données et le pilotage du sous-secteur vivrier.
Au terme de son intervention, Bernard Kini Comoé a appelé les partenaires techniques et financiers à maintenir et renforcer leur soutien aux investissements agricoles.
Pour la Côte d’Ivoire, la consolidation des acquis passe notamment par la poursuite de la mécanisation, le développement des infrastructures de transformation et de mise en marché, la structuration des chaînes de valeur et l’accélération de la transformation numérique. À Kigali, le message ivoirien est ainsi clair : la sécurité alimentaire durable de l’Afrique ne pourra reposer uniquement sur des réponses ponctuelles aux crises. Elle devra s’appuyer sur des investissements de long terme, des technologies éprouvées, des partenariats solides et une meilleure intégration des chaînes de valeur agricoles.
Des résultats salués par l’ensemble des participants à ce panel de haut niveau, surtout par le vice président de la Banque africaine de développement chargé de l’agriculture et développement humain et social et par le commissaire de l’union africaine en charge de l’agriculture et de l’économie bleue.
Au nombre des autres participants à ce panel de haut niveau, des ministres de l’agriculture du Nigeria , de la Sierra Leone, de la Centrafrique et de plusieurs pays de l’Afrique de l’Est et des structures internationales de recherche telles que l’IITA.
GK et Sercom




