« Vieux c… », « Toi, le vieux-là ! », « Tu es vieux, dégage ! », « À ton âge… », « Toi le vieux, tu fais les choses des jeunes », « Ça, c’est pas pour les vieux » … La société, dite moderne, souffre d’un autre (nouveau ?) cancer : la gérontophobie. Ses métastases semblent avoir gangréné le corps social.
Des jeunes et, parfois, des moins jeunes en souffrent. Son symptôme le plus apparent : le langage. Où fleurissent les expressions et mots vénéneux qui rabaissent, voire déshumanisent les personnes âgées. Qui pourtant, il n’y a pas si longtemps, étaient honorées et auréolées de la couronne de patriarche, d’ombre tutélaire qui protège et de source de sagesse à laquelle tous s’abreuvent.
L’immuable temps qui ne passe pas regarde les générations se succéder et les meilleurs d’entre nous mais aussi les rebus partir pour le voyage sans retour. Il contemple, étonné, parfois bouleversé, souvent effrayé le déclassement social des anciens qu’on ne respecte plus. Certains ont même hâte que les anciens s’effacent pour toujours. Ils leur reprochent de leur faire de l’ombre, d’occuper encore des postes qui leur reviennent, non pas à cause de leurs compétences et de leurs mérites, mais simplement parce qu’ils sont jeunes.
Une manière de droit…biologique. Comme si être jeune (état biologique) valait tous les diplômes et était un gage de savoir, savoir-faire et de connaissance. Alors, à raison, l’on peut s’inquiéter quand, certaines fois, le monde entier embouche la trompette de la vieille rengaine de la démagogie : l’avenir appartient à la jeunesse. Soit ! Mais, à quelle jeunesse ? Grande question.
L’avenir n’est pas une récompense dont le critère du mérite est l’état biologique. Il appartient à toutes et à tous. Plus particulièrement à celles et ceux qui travaillent et le préparent. L’âge importe peu ou presque pas du tout. La haine des vieux n’y changera rien. Tant il est vrai qu’on peut être jeune et crétin, cancre, parce qu’on n’a rien appris ; ou jeune et érudit parce qu’on a appris et qu’on sait.
Comme on peut être vieux et sénile pour n’avoir rien appris ; ou vieux et sachant, avec de grandes compétences, une vaste culture, un savoir immense, parce qu’on a appris. Au total, le savoir et la connaissance, clefs de l’avenir, ne sont pas liés à l’âge. Seul l’apprentissage en est la clé de voûte.
Les jeunes gagneraient à respecter les anciens, à faire d’eux leurs maîtres et leurs mentors. Personne ne peut tout savoir ; personne ne peut surtout savoir ce qu’il n’a pas appris. Les anciens dont beaucoup, surtout les jeunes, parlent aujourd’hui avec mépris sont, pour la plupart, des mines d’or et des monuments d’enseignements. Des bibliothèques que les jeunes doivent constamment visiter pour apprendre avant de devenir les maîtres de l’avenir.
Zio Moussa




