« Le succès de ce pays repose sur l’Agriculture », affirmait le Président Félix Houphouët-Boigny. Ce slogan qui a fait la fierté de la Côte d’Ivoire, de l’indépendance jusqu’à un passé très proche sous le Président Alassane Ouattara, a bâti une nation. Pour maintenir ce cap, les structures n’ont jamais manqué : le Conseil du Café-Cacao (CCC), le Conseil du Coton, de l’Anacarde et du Karité (CCAK), le Conseil Hévéa-Palmier à Huile (CHPH) et l’Initiative Cacao Côte d’Ivoire-Ghana.
Mais depuis la campagne dernière, le monde paysan est troublé. Le prix bord champ du cacao fixé à 2.800 F n’a pas connu un succès d’achat sur le terrain. Conséquence, de nombreux producteurs et acheteurs ont encore leur produit sous la main. Ajouté au nouveau prix de 1.200 F le kilo, tout cela divise les acteurs. Découragés par des revenus jugés dérisoires et des méventes, les jeunes ont déserté les champs et se sont tournés vers l’orpaillage.
Je l’ai constaté la semaine dernière à Bonon. Un jeune de 23 ans me disait : « Vieux père, à 1200 francs le kilo, je fais plus d’argent en deux jours dans un trou que un mois dans la plantation de mon père. » Il a déjà rejoint un site près de Mankono.C’est toute la réalité du terrain. Quand le champ ne nourrit plus, les bras manquent et les jeunes préfèrent l’or.
Face à ça, l’État a choisi la répression. Et il a raison. On voit les déguerpissements, les pelleteuses saisies, les jeunes interpellés. C’est nécessaire. Mais est-ce que ça suffit ? On ferme un site aujourd’hui, un autre s’ouvre demain à 5 kilomètres. On ne peut pas lutter contre l’orpaillage sans comprendre pourquoi les gens y vont.
D’ailleurs, la répression doit aller plus loin. On arrête les jeunes au fond du trou, mais qui amène les pelleteuses ? Qui paie le carburant des motopompes ? Ces engins ne tombent pas du ciel. Si on veut vraiment démanteler, il faut remonter jusqu’aux financiers, aux fournisseurs, à tous les complices.
Mais le cœur du problème est là : les gens cherchent à vivre. Tant qu’un jeune aura l’impression de gagner mieux sa vie dans l’or que dans le cacao, il choisira l’or. La Côte d’Ivoire doit donc ouvrir un deuxième front : rendre l’agriculture plus payante que l’orpaillage. Nous avons les cultures pour ça. Encore faut-il que le paysan puisse vivre de son travail.
Alors posons le débat sur la valeur. Pour le cacao, à 1200 francs aujourd’hui, pourquoi ne pas viser 1800 à 2000 francs le kilo ? C’est possible si on touche au DUS et à certains prélèvements, avec les cours mondiaux qui restent hauts. Pour le café, qui est à 1300 francs bord champ, le pousser à 1700 ou 2000 francs serait un vrai bol d’air pour l’Ouest qui a abandonné ses vieilles plantations.
Pour l’anacarde, c’est encore plus criant. Cette culture fait vivre tout le Nord, le Nord-Est et le Centre. A 385 francs le kilo, on ne peut pas demander aux parents de retenir leurs enfants. Un prix juste entre 600 et 700 francs changerait tout. C’est pareil pour le coton graine, bloqué à 465 francs.
A 600 ou 650 francs, le coton pourrait à nouveau tenir tête à l’orpaillage à Korhogo, Boundiali ou Mankono.Ce n’est pas de la démagogie. C’est un calcul simple : combien nous coûte cette revalorisation, et combien nous coûte déjà l’orpaillage clandestin ? Nos terres agricoles détruites, nos cours d’eau pollués au mercure, nos forêts saccagées.
La solution tient sur deux piliers. D’un côté, une répression ferme contre ceux qui organisent et financent l’illégal. De l’autre, une politique qui redonne enfin sa valeur au travail de la terre.Il ne faut plus seulement demander aux jeunes de sortir des sites d’orpaillage. Il faut leur donner une bonne raison économique de retourner au champ.
Koffi Amani




