FILIÈRE CAFÉ-CACAO : Le prix de 1200 f cfa divise les acteurs

0

Annoncé le 1er septembre pour la campagne principale 2026-2027, le prix bord champ du cacao à 1 200 FCFA/kg provoque des réactions contrastées. Tandis que l’interprofession salue un compromis soutenable, un syndicat dépose un préavis de grève illimitée et la société civile alerte sur un prix en dessous du coût de production.

L’ouverture de la campagne cacaoyère 2026-2027 ne fait pas l’unanimité. Le prix minimum garanti de 1 200 francs CFA le kilogramme, annoncé mardi à Abidjan lors des Journées Nationales du Cacao et du Chocolat (JNCC), cristallise les tensions au sein de la filière.
Trois positions se dégagent au lendemain de l’annonce.

L’OIA-CI défend un compromis

Pour l’Organisation Interprofessionnelle Agricole de la filière Café-Cacao (OIA-CI), le prix doit s’apprécier au regard des contraintes internationales.
Son Directeur Exécutif, Mé Kouakou, a reconnu que les producteurs espéraient mieux, mais a estimé que l’effort de l’État méritait d’être souligné. Selon lui, le mécanisme de fixation respecte des normes et des paramètres liés aux ventes par anticipation effectuées par le Conseil du Café-Cacao et aux enjeux de la filière.

Le Ministre de l’Agriculture, Bruno Nabagné Koné, a indiqué que ce prix est le résultat d’arbitrages entre plusieurs départements ministériels, sous supervision des plus hautes autorités. Il a évoqué la nécessité de fixer un prix  » financièrement et budgétairement soutenable  » et l’a présenté comme le troisième meilleur prix pour une campagne principale.


L’OIA-CI insiste désormais sur l’application effective du prix sur le terrain.  » Il faut que le producteur touche effectivement les 1 200 « , a martelé Mé Kouakou.

Le SYNAP-CI dépose un préavis de grève

Autre son de cloche au sein du Syndicat National Agricole pour le Progrès en Côte d’Ivoire (SYNAP-CI). L’organisation a déposé ce mercredi 2 septembre à la CAISTAB au Plateau un préavis de grève illimitée adressé au Ministre de l’Agriculture. Tribune Ivoire a reçu copie du document.


Le syndicat justifie sa démarche par les difficultés persistantes d’écoulement des stocks résiduels de la campagne 2025-2026, qu’il interprète comme une défaillance de gouvernance. Il relève également que des pays voisins ont relevé leurs prix.

Le SYNAP-CI formule deux revendications : le départ sans condition du Directeur Général du Conseil Café-Cacao et la prise en charge immédiate des stocks résiduels détenus par les producteurs, ainsi que la révision des mécanismes de fixation du revenu.

À défaut d’engagements concrets dans le délai légal, le syndicat appelle ses adhérents à suspendre la commercialisation à compter du mercredi 16 septembre 2026. Le préavis a été transmis en ampliation à la Présidence, à la Primature et à la direction du Conseil Café-Cacao.

La PICO alerte sur la durabilité

Troisième réaction, celle de la Plateforme Ivoirienne pour le Cacao Durable (PICO), qui regroupe producteurs et organisations de la société civile. Dans un communiqué publié le 2 septembre, elle estime que le prix est en deçà des réalités économiques.


Selon la PICO, le coût de production est estimé à au moins 1 700 FCFA/kg, pour un revenu vital évalué à plus de 2 700 FCFA/kg. L’organisation considère que le prix de 1 200 F ne permettra pas aux producteurs d’entretenir durablement leurs plantations et risque d’accentuer les dysfonctionnements au niveau des coopératives.


La plateforme attribue cette situation à la structure du marché mondial, où la formation des prix ne prendrait pas suffisamment en compte les efforts en amont de la chaîne. Elle appelle à l’ouverture d’un dialogue national sur l’avenir de la filière et à des mesures pour rendre la cacaoculture attractive pour les jeunes.


Entre impératifs économiques et colère des planteurs, l’issue de cette crise déterminera le climat de la campagne qui s’ouvre.

Koffi Amani

Share.