Cavally : La marque visible d’une présidente de région appelée Anne Ouloto

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Écoles de proximité, centres de secours, routes de désenclavement, autonomisation des femmes, festivals Wê… Depuis 2018, l’Ouest ivoirien, longtemps symbole de crise, est devenu un laboratoire de la décentralisation.
Pendant longtemps, parler du Cavally revenait à parler de crise. Aujourd’hui, on y parle de chantiers. De Duékoué à Taï, de Bloléquin à Toulépleu, la région à la frontière libérienne est en train de solder une décennie de retard. Et de changer de récit. Arrivée à la présidence du Conseil régional en 2018, Anne Désirée Ouloto-Lamizana a hérité d’une région exsangue : écoles éloignées, centres de santé précaires, routes impraticables en saison des pluies, villages sans lumière. Huit ans plus tard, le bilan est chiffrable et visible.

Le pari de l’humain : l’école plus près, la santé plus forte

C’est l’axe le plus documenté. Pour endiguer l’exode scolaire et les grossesses précoces liées aux longues distances, le Conseil a multiplié les collèges de proximité. Objectif : ramener l’école à moins de 5 km des hameaux. À cela s’ajoutent des dizaines de salles de classe construites, réhabilitées et équipées de cantines scolaires. Un détail qui change tout pour le maintien des filles à l’école.
Même logique pour la santé. Le Cavally a vu sortir de terre dispensaires, maternités et pavillons d’hospitalisation. Des ambulances médicalisées et des équipements biomédicaux ont été déployés pour assurer la chaîne d’évacuation vers Guiglo et Duékoué. Une politique mise à l’épreuve pendant la Covid-19 avec la distribution massive de kits d’hygiène et le renforcement des plateaux techniques.

Au-delà du béton : l’économie du petit pas

L’équipe Ouloto a fait un constat : le bâtiment ne nourrit pas. D’où le second pilier : l’autonomisation.
Un fonds régional d’appui a été mis en place pour les femmes productrices de vivriers et les petits commerçants. Formation en gestion, micro-financement, accès aux intrants. À Bloléquin, le Chantier-École est devenu l’emblème de cette stratégie : il récupère les jeunes déscolarisés et les forme aux métiers agricoles porteurs, avec une parcelle à la clé.
Sur le plan sécuritaire, le Conseil a équipé les brigades de gendarmerie en véhicules 4×4, condition sine qua non dans une zone forestière difficile d’accès.

Guiglo : une caserne qui a tout changé

Symbole de cette nouvelle ère, le Centre de Secours d’Urgence de Guiglo. Un projet enlisé pendant des années, débloqué et finalisé sous la mandature actuelle.Inauguré en février 2022 par le ministre Vagondo Diomandé, il est le premier du genre dans la région. Incendies de forêt, accidents sur les axes très accidentogènes, inondations : pour la première fois, le Cavally dispose d’une réponse de proximité en moins de 45 minutes, là où il fallait auparavant attendre Man ou Daloa.

Le grand désenclavement : la revanche des routes

Si le Conseil régional bâtit, c’est l’État qui désenclave. Et c’est peut-être là que la mutation est la plus spectaculaire.
Le bitumage des axes Duékoué-Guiglo-Bloléquin Bloléquin-Toulépleu-Frontière Liberia, Toulépleu-Zouan-Hounien et Guiglo-Taï est en cours. Pour une région productrice de cacao, d’hévéa et de palmier à huile, c’est une révolution économique : le coût de transport a chuté, l’évacuation des produits est devenue possible toute l’année.Le désenclavement est aussi énergétique. Le département de Taï, longtemps surnommé l’ombre du Cavally, a vu ses premiers villages connectés au réseau national. L’eau potable suit, avec le renforcement des châteaux d’eau et l’extension du réseau SODECI dans les chefs-lieux.

La culture comme ciment de la paix

Dernière brique, la plus symbolique dans une région Wê meurtrie par les crises de 2002 et 2010 : l’identité.La construction d’une maison dédiée à la chefferie traditionnelle offre désormais un cadre de médiation et de transmission. Deux festivals portent cette renaissance : le Boyé Gôh à Guiglo et le Nhhaa Hii Festival à Toulépleu. Plus que du folklore, ce sont des instruments de cohésion sociale, de réconciliation et d’attractivité touristique.

Un chantier inachevé, mais une dynamique irréversible

Certes, tout n’est pas réglé. Les attentes restent fortes en matière d’emploi des jeunes, d’achèvement des routes et de personnel soignant. Mais le plus difficile semble derrière. De la case de crise à l’atelier du développement, le Cavally a changé de cap. Une transformation qui se lit désormais, jour après jour, dans une salle de classe qui s’ouvre, une lumière qui s’allume et une ambulance qui arrive à temps.

J. Abalo

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