Pendant de longues années, les Ivoiriens se sont taillé la triste réputation d’ennemis du livre : les Ivoiriens ne lisent pas. Euphémisme pour réduire les aspérités de la phrase assassine : les Ivoiriens sont des incultes. La mesure ? Les livres ne se vendaient pas beaucoup ou se vendaient si peu que si ce n’était pas la même chose, c’était tout comme.
Les bibliothèques, pendant que les boites de nuit et les maquis refusaient du monde, étaient désespérément et tristement vides. Quelques centres culturels et la bibliothèque nationale qui mettaient à la disposition d’hypothétiques lecteurs des milliers de livres ne recevaient même pas, par semaine, le quart des abonnés aux maquis et boîtes de nuit les plus célèbres.
Un seul exemple parmi mille qui parlent : la fameuse Rue Princesse aussi appelée le bas-ventre du pays, ce kilomètre de sexe, de nourriture et d’alcool, pendant ses quelques années de règne sans partage, a certainement reçu plus de monde que tous les lieux de lecture rassemblés sur le territoire national.
Comme si les Ivoiriens avaient passé un pacte d’addiction avec ces trois. Petite lumière dans les ténèbres : de bonnes volontés ont donné de leur temps, de leur intelligence et parfois de leur argent pour que les choses changent. La puissance publique s’y est mise.
De nombreuses initiatives, brillantes, ont été conduites pour que les Ivoiriens lèvent la tête de leur verre de bière et de vin et détournent leur regard des hémisphères nord et sud des femmes des boîtes de nuit. Et qu’ils fréquentent moins les bars et plus les bibliothèques, développent moins l’addiction pour le divertissement abrutissant et partent, durablement, à l’assaut de la chose écrite.
D’un mot : se passionnent pour la chose écrite et la conquête du savoir et de la connaissance à travers le livre. Les Ivoiriens sont-ils pour autant devenus des passionnés du livre et de fervents lecteurs ? Peut-être pas totalement. Mais, il y a, certainement, un léger mieux.
Puisque certains auteurs ont produit des best-sellers, signe que les ventes en librairie se sont, parfois, bien portées. Et que les Ivoiriens pouvaient se mettre à la lecture. Cependant, pas de cocorico trop vite. Ces petits frémissements, même réjouissants et importants, ne suffisent pas. Nos budgets personnels font encore peu, trop peu, voire pas du tout de place au livre.
Les journaux ne se vendent presque plus. C’est, peut-être, une autre histoire. Mais, le livre, lui, n’est pas non plus logé à meilleure enseigne. Cela n’expliquerait-il pas le niveau scolaire et universitaire, voire du débat national qu’on dit trop bas ? Certainement, en partie. Mais pas en petite partie.
Zio Moussa




