Il se dit que du triptyque sur lequel repose le pouvoir politique, voire tout pouvoir, l’argent est le plus solide. Chez nous, il est devenu Dieu. Il façonne le pays. Il est l’alpha et l’oméga.
Des millions, parmi nous, ne jurent que par lui. Chaque jour, des millions de chants et cultes d’adoration lui sont chantés et dédiés. Que de crimes sont commis pour le posséder ! De toutes les drogues dites fortes, elle est la plus forte. La plus dure. Aucune thérapeutique ne peut sauver de son addiction.
L’argent est le nerf de toutes les guerres : économique, politique, sociale, culturelle, religieuse… Un écrivain africain a fait remarquer que chaque jour, l’homme court vers ses ossements. Les Ivoiriens, eux, courent, chaque jour, vers l’argent-Dieu.
Et ce pays, pas grand par sa population et sa superficie, pourrait compter – exagéré ? – un ou deux milliardaires au kilomètre carré. Faut-il s’en réjouir ? Pourquoi pas ? En tous les cas, le propos n’est pas de les condamner en bloc. Il y en a, peut-être peu nombreux, qui méritent leur fortune. Comme on dit, ils ont travaillé dur pour et bâti leur richesse à la sueur de leurs bras. Ils sont, pour certains, des bâtisseurs discrets du pays matériel et immatériel. Des modèles à promouvoir et à faire connaître.
Hélas ! presser le pas chaque jour à la conquête de l’argent ne s’embarrasse, en général, ni de probité ni d’intégrité morale. C’est connu : en Côte d’Ivoire, le minimum des détournements d’argent, c’est le milliard. Comme si tous les pilleurs en col blanc s’étaient passé le mot. Les chroniques urbaines du pays s’en font régulièrement l’écho. Sans suite. L’impunité peut dormir tranquille. Et prospérer.
La géographie coloniale a fait la Côte d’Ivoire. L’argent-Dieu l’a formatée. Et créé les Ivoiriens.
Zio Moussa




