La Tribune / Ce que j’en pense : Influence, influenceuses, influenceurs et tutti quanti

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Il est des mots qui sont l’exacte expression du règne du crétinisme. Influenceuses et influenceurs, pour ce XXIe siècle, pourraient en détenir la palme. Les réseaux sociaux ont servi de terreau fertile à leur expansion. Forme de “pensée unique”, ils sont aussi la “pensée dominante”.

Des légions entières de jeunes filles et garçons, autoproclamés influenceurs, roulent carrosse et ont pignon sur rue. Sans jamais avoir produit une seule pensée qui impacte, donne à réfléchir et pour dire autrement les choses : qui vaille la peine d’un détour. La vérité : ils n’ont jamais rien écrit ou dit qui ressemble à une pensée, à une réflexion. C’est sûr : il ne faut peut-être pas trop leur demander.

Dans notre pays, l’on devient influenceuse avec le million de followers, juste parce qu’on a une belle paire de fesses et de nichons. Un beau visage est un supplément de cette chair et de ce gras qui fascinent. Ça vaut tous les arguments de débat. Ça remplace la matière grise, la connaissance et le savoir. Sous nos cieux gris si souvent désertés par l’intelligence, il n’y a pas que le physique qui fait l’influenceuse, voire l’influenceur.

L’ostentation, par l’exhibition de voitures de luxe, de beaucoup d’argent mal acquis, d’espaces de vie de rêve squattés, d’objets haut de gamme, etc., participe de ce statut. Une véritable inversion des valeurs fondatrices et fondamentales où des citoyens, pas peu nombreux, construisent un nouveau veau d’or, celui de l’effondrement et de l’effacement de la morale, auquel ils vouent un véritable culte d’adoration.

Ainsi se fabriquent de faux modèles, des idoles de pacotille, des références douteuses dont l’exemplarité n’est pas le partage mais qui, pourtant, formatent en les décervelant, des générations entières.

Et voilà que la Côte d’Ivoire auréolée, il n’y a pas si longtemps, d’une pléiade d’intellectuels de haut vol en Sciences comme en Lettres – Francis Wodié, Bernard Zadi Zaourou, Séry Bailly, Mémel Foté, Barthélémy Kotchy… il nous faut beaucoup plus que l’espace d’une chronique pour dresser une liste exhaustive de ces savants et érudits nationaux, véritables influenceurs – se transforme inexorablement en temple d’inculture et d’abdication du savoir. Au profit d’une foule envahissante de têtes plates.

Il n’y a pas que les époques qui changent. Il y a que tout un peuple peut devenir c… N’est-ce pas ainsi que de grandes civilisations s’effritent avant de disparaître ?

Zio Moussa

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