CHRONIQUE : Messi, grandir à tout prix : l’enfant trop petit pour le football, sauvé par la science

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Enfant, Lionel Messi a cessé de grandir. Sans un traitement hormonal financé par le FC Barcelone, le plus grand joueur de l’histoire n’aurait peut-être jamais dépassé un mètre quarante.

Rosario, en Argentine, à la fin des années 1990. Le jeune Lionel Messi, prodige du club de Newell’s Old Boys, domine déjà ses adversaires par son talent. Sur le terrain, un détail intrigue : il est plus petit que tous ses coéquipiers. À 11 ans, après plusieurs mois d’examens, le verdict de l’endocrinologue tombe, Messi souffre d’un déficit en hormone de croissance.

Sans traitement, l’enfant ne dépassera peut-être pas le mètre quarante à l’âge adulte. Son club formateur finit par renoncer à financer les soins, jugés trop coûteux pour un joueur aussi jeune. River Plate, l’autre grand club argentin intéressé par le prodige, ne s’engage pas davantage.

Pour comprendre le cas de Messi, il faut s’intéresser à l’hypophyse, une glande à peine plus grosse qu’un petit pois, qui est nichée à la base du cerveau. C’est elle qui fabrique l’hormone de croissance, laquelle orchestre la croissance osseuse, mais aussi la composition corporelle, la masse musculaire et la solidité du squelette. Lorsque sa sécrétion fait défaut, l’enfant grandit peu, ou pas du tout, et les conséquences ne se limitent pas à la taille.

Le déficit en hormone de croissance demeure rare, selon une revue systématique récente, il touche entre un enfant sur 4 000 et un sur 10 000. Dans la plupart des cas, il survient sans cause identifiable. Parfois, il accompagne d’autres anomalies de l’hypophyse, ou résulte d’une tumeur, d’une irradiation ou d’un traumatisme. Il y a souvent urgence à poser le diagnostic, car le traitement est d’autant plus efficace qu’il débute tôt, avant que la croissance osseuse ne s’achève.

Trois (3) ans, plus de mille injections

En l’an 2000, la famille Messi ne peut plus assumer le coût du traitement qui représente près de mille dollars par mois. Le FC Barcelone propose alors de le financer à condition que l’enfant rejoigne son centre de formation. Toute la famille traverse alors l’Atlantique et s’installe à Barcelone.

Pendant trois années, chaque soir, le jeune Lionel s’injecte lui-même une dose de somatropine, soit plus de mille piqûres au total. Le résultat du traitement dépasse les espérances. Devenu adulte, Messi atteint un mètre soixante-neuf (1,69), près de trente(30) centimètres de plus que le pronostic initial.

L’histoire de Lionel Messi tient à deux conditions : avoir été diagnostiqué à temps et avoir trouvé les moyens de se soigner. En France, le traitement par somatropine est aujourd’hui pris en charge mais strictement encadré : la molécule a le statut de médicament d’exception, réservée à cinq indications précises et prescrite par des spécialistes hospitaliers.

La Haute Autorité de santé rappelle d’ailleurs qu’aucune prescription hormonale ne saurait dispenser d’une réflexion sur le regard que la société porte sur les personnes de petite taille. Reste une question vertigineuse : combien d’enfants, ailleurs dans le monde, n’ont jamais eu accès au diagnostic ou au traitement qui auraient pu, eux aussi, changer leur destin ?

Source : Le Point

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