Dans toute démocratie représentative, il appartient d’abord au gouvernement de prendre l’initiative des réformes qu’il estime nécessaires. Cette prérogative découle de sa légitimité institutionnelle et de la responsabilité que lui confèrent les citoyens.
En proposant une nouvelle architecture de la gouvernance électorale articulée autour de trois organes distincts (organisation des élections, recensement des votes et supervision du processus), le gouvernement ivoirien agit dans le cadre normal de ses compétences.
Partout dans le monde, les grandes réformes électorales sont initiées par l’exécutif ou le parlement avant d’être soumises à la discussion, à l’amendement et, le cas échéant, à l’adoption selon les procédures prévues par la Constitution.
Une proposition gouvernementale ne constitue donc ni une décision définitive ni une confiscation du débat démocratique.
Le PDCI-RDA face à ses propres contradictions
Le PDCI-RDA adopte une position contradictoire en contestant que le gouvernement définisse seul les modalités de la réforme électorale tout en cherchant à imposer sa propre méthode comme cadre incontournable.
Il soutient que l’exécutif ne devrait pas fixer unilatéralement les règles, mais propose simultanément une approche fondée sur une table ronde préalable et un mode spécifique de concertation qu’il présente comme la seule voie légitime.
Cette contradiction apparaît clairement dans le fait que le PDCI-RDA refuse qu’une partie fixe seule les règles de la procédure tout en tentant d’imposer les siennes.
La République n’est ni une démocratie sauvage ni une logique libertaire
L’État de droit repose sur des institutions, des procédures et une hiérarchie claire des responsabilités.
La Côte d’Ivoire est une démocratie institutionnelle. Elle ne fonctionne ni comme une démocratie populaire où chaque acteur disposerait d’un pouvoir de blocage, ni selon une logique libertaire où chacun définirait librement les règles du jeu institutionnel.
Le débat politique est légitime et indispensable dans toute démocratie. Toutefois, il doit s’exercer dans le respect du cadre constitutionnel.
A ce titre, l’initiative des réformes relève d’abord de l’État, qui assume la responsabilité de l’action publique. Les propositions ainsi formulées ont ensuite vocation à être discutées, enrichies, amendées ou contestées par les différentes parties prenantes, conformément aux procédures prévues par la loi.
Le PPACI et la politique de la distraction massive
Le discours du PPACI, centré sur des griefs historiques, judiciaires et politiques, tend à déplacer le débat vers une confrontation globale avec le pouvoir plutôt qu’à répondre précisément au contenu de la réforme institutionnelle proposée.
Cette stratégie privilégie l’arme de distraction massive autour de controverses générales plutôt que la discussion technique sur les mécanismes permettant d’améliorer la transparence, et la crédibilité du système électoral.
Platon considérait la démocratie comme un régime fragile lorsqu’elle se transforme en un espace où chacun prétend exercer une fonction qui n’est pas la sienne, au détriment de l’ordre institutionnel.
A travers l’allégorie de la caverne, il rappelle également les difficultés qu’éprouve une société à dépasser les perceptions immédiates pour accéder à une réflexion plus rationnelle.
Dans cette perspective, le refus systématique de toute initiative gouvernementale détourne le débat démocratique de sa finalité, pour l’enfermer dans une logique d’opposition permanente, s’apparentant à une forme de démocratie sauvage.
Or, une démocratie vivante ne se construit pas dans le rejet de principe, mais dans la capacité à discuter, à amender et à améliorer les propositions, dans le respect des institutions et de l’intérêt général.
Dr. Kalilou Coulibaly




